L'AUDIENCE DU PALAIS-CARDINAL
Mais le prince ne voulut point se contenter de cette eau bénite de cour. Il répliqua le 21 décembre : « Sire, par la lettre qu'il a plu à Votre Majesté de m'écrire du 13 de ce mois, elle me mande avoir volontiers entendu Campion, qui lui a parlé fort différemment des avis qu'elle a d'ailleurs; que jusques ici elle a cru que mon esprit se contiendroit dans les termes qu'elle pouvoit désirer pour l'amour de moi-même, maintenant qu'elle en prioit Dieu de tout son cœur, comme aussi que je lui donnasse lieu de me témoigner son affection. Ce sont les mêmes termes de la lettre de Votre Majesté. A quoi, avec le respect que je lui dois, je lui répondrai que, puisqu'elle a des avis si différents de ce dont je l'assure de mon entière innocence, il lui importe d'en connaître la vérité, et c'est ce dont je l'ai déjà suppliée sans en avoir réponse, et dont je la supplie très humblement encore, et de plus que mes accusateurs et mes accusations paraissent dans son Parlement. Si je me trouve coupable, il n'y a rigueur que je ne désire souffrir. Si mon innocence parait, comme j'en suis très assuré, je supplie Votre Majesté que ceux qui m'accusent soient punis devant tout le monde (1). » Monsieur le Comte écrivit une lettre semblable à Richelieu (2) et Campion fut chargé de porter les deux lettres aux deux destinataires.
Au Palais-Cardinal, qu'avait regagné le ministre, Campion, au lieu de « la douceur habituelle » de Son Éminence, ne « trouva qu'emportements et menaces ». Comme le ministre observait que c'était au Roi à choisir des juges et non au prince, Campion osa répliquer : « Monsieur le Comte n'en a point d'autres que le Parlement, et le Roi est trop juste pour ne le lui point accorder. » Puis il partit pour Saint-Germain à toute bride, de peur que Richelieu n'eût le temps de mander à Louis XIII de ne pas recevoir la lettre dont il était porteur.
A Saint-Germain un peu plus tard, rentré au logis où il était descendu, Campion écrivait au comte de Soissons que le Roi venait
(1) Aubery, Mémoires pour Vhistoire du Cardinal Duc de Richelieu, tome V, pages 359-
(2) Ibidem, page 359. Voir' aussi Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VI, pages 736-737.