‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 82 sur 367 · L'AUDIENCE DE SAINT-GERMAIN · texte numérisé non relu

L'AUDIENCE DE SAINT-GERMAIN

de lui donner audience : « Je l'ai trouvé soupant, expliquait-il, et, sans me montrer, je me suis tenu sous la porte de son cabinet, où je lui ai présenté votre lettre et je l'ai suivi. Il l'a lue avec attention et a bien voulu que j'aie raisonné avec lui sur vos intérêts, et il m'a écouté favorablement jusqu'à ce que M. de Chamarande (premier valet de chambre de Son Éminence) lui est venu apporter une lettre de M. le Cardinal. Car sitôt qu'il a eu achevé de la lire, il a donné le bonsoir et m'a dit qu'il vous feroit demain réponse (1). »

Il semble qu'un autre gentilhomme de Richelieu avait devancé et Campion et M. de Chamarande, si l'on en croit ce billet de Louis XIII au cardinal, daté du 28 décembre 1640 : « Une heure après que j'ai reçu votre lettre, Campion est arrivé, qui m'a donné la lettre de Monsieur le Comte, que je vous envoie. Je lui ai demandé ensuite s'il n'avoit rien à me dire, parce que la lettre se remettoit en quelque chose sur lui : il m'a parlé, avec toutes les soumissions et respects qu'il se peut, de la part de Monsieur le Comte. Je lui ai dit ensuite que Monsieur le Comte demandait dans sa lettre le Parlement pour juge; et, lui ayant dit là-dessus ce que vous m'aviez mandé de lui dire, il m'a répondu que Monsieur le Comte ne vouloit autre juge que moi-même et que ce qu'il avoit demandé le Parlement n'étoit que croyant que je n'en voudrois pas prendre la peine, et qu'il ne vouloit autres juges que ceux que j'aurois agréables; mais qu'il me supplioit encore, de la part de son maître, de vouloir permettre qu'il se pût justifier, se sentant innocent. Tout cela avec de belles paroles... ce qui m'a trompé, car je croyois qu'il me dût parler avec hauteur, vous ayant écrit comme il a fait. Je lui ai répondu que je ferois réponse à Monsieur le Comte; il s'en est allé là-dessus (2). »

Cette réponse, ce fut Richelieu qui la rédigea : « Depuis la lettre que je vous ai écrite par mon gentilhomme, lui mandait Louis XIII le 3 janvier 1641, j'ai reçu la vôtre et la lettre que je dois écrire à Monsieur le Comte. J'ai vu aussi les deux extraits que vous m'avez envoyés, que je vous renvoie dans ce paquet : dans l'un l'on voit le mauvais dessein de Monsieur le Comte; dans l'autre,

(1) Lettres d'Alexandre de Campion, pages 351-352.

(2) Affaires étrangères, Lettres de Louis XIII au Cardinal de Riclielieu.

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