CAMPION A LA REPRÉSENTATION DE « MIRAME
la recherche qu'ils veulent faire des Hollandais pour la trêve (1). » Ils, c'étaient le duc de Bouillon et le comte de Soissons, qui s'efforçaient de détacher de l'alliance française MM. les États. Les réponses du Roi et du cardinal n'en furent pas moins ce que pouvait désirer l'hôte de Sedan, car, le 11 janvier, ce billet partit à l'adresse de Son Éminence : « Monsieur, Sa Majesté m'ayant témoigné, par la lettre qu'il lui a plu m'écrire, qu'elle croyoit mon innocence, j'ai cru vous avoir obligation de lui avoir fait connaître cette vérité. C'est ce qui m'oblige à vous en remercier et vous assurer que je suis, avec beaucoup d'aftection, votre très humble serviteur (2). » Richelieu estimait qu'il était habile de paraître dupe et il avait soin de ne pas mettre à la Bastille M. de Campion, que Monsieur le Comte s'inquiétait de voir demeurer si longtemps à Paris : « Je fais ici ce que je veux pour vos affaires, expliquait M. de Campion à son maître le 21 janvier, M. le Cardinal n'ayant garde de s'assurer de moi, tant qu'il espérera vous pouvoir avoir vous-même; et j'ai si peu d'appréhension, que j'ai même été à la comédie de Mirame dans le carrosse de Madame le Princesse, où étoient M^^^ de Bourbon (Anne de Bourbon Condé, future duchesse de Longueville) et M^i^ votre nièce (Marie d'Orléans Longueville, future duchesse de Nemours), que j'avais l'honneur de mener. La première étoit si belle et si triomphante, que, si vous l'aviez vue en cet état, je ne doute pas que vous ne lui donnassiez l'avantage sur toutes les beautés que vous avez jamais connues. Je me suis trouvé assis près de M. le Cardinal, qui avait tant d'attention au récit de sa comédie qu'il ne pensoit qu'à s'admirer soi-même en son propre ouvrage (3). »
Campion connaissait bien mal Richelieu. Le ministre ne prétendait nullement avoir écrit la pièce de Desmarets et, d'autre part, sa vigilance était loin d'être endormie. Le ministre savait résister à l'impatience du Roi. C'est en vain que Louis XIII avait mandé le 8 janvier : « Pour l'affaire de Monsieur le Comte, j'y persiste et
(1) Comte de Beauchamp, Louis XIII d'après sa correspondance avec le Cardinal de Richelieu, page 396.
(2) Aubery, Mémoires pour servir à l'histoire du Cardinal Duc de Richelieu, tome V, page 360.
(3) Lettres d'Alexandre de Campion, pages 353-354.