‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 85 sur 367 · LES PROPOSITIONS DU CARDINAL · texte numérisé non relu

LES PROPOSITIONS DU CARDINAL

l'État. Je serois au désespoir de vous voir dans un si mauvais parti et j'ai bien voulu vous avertir de vous précautionner contre leurs pièges. Ouvrez-moi votre âme pleinement, nettement, et entièrement. » Gassion ayant répondu « qu'il n'y avoit aucun péril capable de l'arrêter, quand il s'agissait de M. le Cardinal », Son Éminence tira de son doigt un diamant magnifique : « Ce ne sont là que des arrhes, dit-il; vous verrez comme j'aime mes amis, quand ils sont gens de mérite. »

Une autre fois, il aborda le sujet du comte de Soissons réfugié à Sedan et près de s'avancer à travers le Royaume, à la tête d'une armée : « J'avois craint, expliqua le ministre, que ces rebelles, connoissant votre bravoure et de quoi vous êtes capable, ne vous eussent proposé de vous joindre à eux, pour priver le Roi des grands services que vous pouvez lui rendre, quand il s'agira de battre cette faction. » Gassion ne cacha point qu'il saurait bien, avec des troupes et du canon, réduire les factieux. Le cardinal lui promit de le présenter lui-même au Roi.

Il l'emmena bientôt à Saint-Germain avec M. de Noyers et entra seul dans le cabinet du Roi, qui, au bout d'une demi-heure, fit introduire Gassion et le secrétaire d'État. Louis XIII était étendu sur un lit de repos, non loin de Richelieu assis sur un siège; il dit au colonel « qu'il étoit fort content de lui et qu'il acceptoit volontiers les offres de service qu'il avoit faites à M. le Cardinal », Mais voici M. de Noyers qui s'approche du Roi. Il vient l'entretenir des affaires de l'État et Gassion ne peut que lui céder la place.

Il n'était pas plus avancé que devant. A peine de retour à Rueil, le cardinal lui dit tout à coup : « Le Roi entend se servir de vous en l'affaire de Monsieur le Comte et moi, je suis garant de votre secret, de votre zèle, de votre fidélité. » Gassion apprit alors que les princes avaient résolu de le gagner à leur cause : « Je tuerai, s'écria-t-il, le premier qui osera, m'en parler. — Non, pas cela, dit Richelieu, il vous faut tout écouter, il vous faut faire vos conditions, il vous faut leur promettre vos troupes et les empêcher ainsi d'en faire d'autres, et, dans l'occasion, s'il s'en présente une pour le combat, déclarer que vous êtes bon serviteur du Roi. » Gassion paraissait atterré. Le cardinal crut devoir lui remontrer « qu'il n'y

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