‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 86 sur 367 · L'HONNEUR DE GASSION · texte numérisé non relu

L'HONNEUR DE GASSION

avoit parmi les vrais braves aucun qui refusât le parti qui lui étoit offert «, il invoqua la raison d'État : « Monseigneur, repartit Gassion, comptez sur ma vie et sur ma mort, quand il faudra vous servir, mais donnez m'en l'occasion sans intrigue et sans trahison. Je vous rendrai bon compte de vos ennemis, mais je veux qu'ils soient les miens. — Monsieur, répliqua le cardinal, le Roi veut être servi ,à sa manière et il a de quoi reconnaître ses serviteurs et leurs services, » Là-dessus, le ministre et le colonel se séparèrent.

Richelieu ne se tint pas pour battu. Après avoir dépêché auprès de Gassion, le persuasif M. de Noyers, il revint à la charge le lendemain. Gassion, mandé par Son Éminence, reçut un accueil fort gracieux : « Mon pauvre colonel, mon ami, disait le cardinal, je vous donne bien de la peine, mais je vous en suis aussi bien obligé. Vous êtes plus à moi que vous ne pensez et vous êtes peutêtre plus mal satisfait que moi de ce que vous me dîtes hier. — Monseigneur, répondit Gassion, je ne puis vous rien donner de plus que ma vie et ma foi; je perdrai celle-là avec plaisir pour Votre Eminence, mais je ne hasarde point celle-ci. — C'est assez, conclut Richelieu, votre fortune en peut pâtir, mais non pas mon estime. » Estime si profonde que, dans une lettre qu'il adressa quelque temps après à Gassion, il mit ce post-scriptum : « Autant que vous avez été secret pour l'aiïaire de Champagne, autant j'ai su parler de votre honneur, de votre cœur et de votre zèle; vous en verrez l'eiïet (1). ))

Vers la fin d'avril 1641, grâce aux aveux de M. de La Vigerie et à la fidélité du maréchal de La Force, le cardinal se trouvait « bien éclairci des desseins que Monsieur le Comte, MM. de Reims et de Bouillon avoient de s'unir avec l'Espagne pour exciter quelque révolte en France ». Richelieu songeait à user de moyens nouveaux. L'on pouvait encore, « par nécessité, dissimuler et leur laisser faire toutes leurs négociations, qui seroient peut-être suivies d'effets dans la Champagne, aux villes de laquelle il falloit prendre garde et avoir des gens partout ». Mieux valait désormais

(1) Voir Abbé de Pure, Vie du Maréchal de Gassion, tome II, pages 180-191 et chapitres XVII et XVIII. — Père Griffet, Histoire du Règne de Louis XIII, tome III, pages 346- 350. — Avcnol, Lettres du Cardinal de Tîichclicu, tome VII, pages 843-845.

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