‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 87 sur 367 · ACCOMMODEMENT OU RÉVOLTE · texte numérisé non relu

ACCOMMODEMENT OU RÉVOLTE

« prévenir le mal par la voie suivante » : d'abord envoyer Bouthillier avertir Madame la Comtesse qui se trouvait à Paris, que la mauvaise conduite « de Monsieur le Comte » obligeait Sa Majesté à prendre des mesures et que le Roi n'avait pas voulu le faire sans lui en donner avis à elle-même. « Cela fait, le Roi donneroit tel ordre qu'il lui plairoit dans sa maison », sans avoir égard à Monsieur le Comte, qui en était le grand maître et que, jusqu'alors, on envoyait consulter à Sedan. Il fallait « mettre un homme de qualité dans le gouvernement de Champagne, faire défense à toutes les villes de reconnaître pour gouverneur Monsieur le Comte, que l'on priveroit en outre, de ses pensions et de la jouissance de ses bénéfices ». Il fallait envoyer à Turenne un homme de confiance (Fabert par exemple), qui « lui feroit connaître que le Roi ne vouloit point la ruine de sa maison, mais bien de l'infidélité » de son frère aîné.

II fallait saisir les revenus « de tout le bien que M. de Bouillon avoit en France » et défendre tout commerce avec Sedan. D'autres précautions paraissaient à Richelieu fort nécessaires : signaler au prince d'Orange et à MM. les États les criminelles manœuvres de M. de Bouillon, à Mme de Guise douairière celles de M. de Reims, à M. d'Épernon celles du duc de La Valette. M. d'Épernon serait invité à « rompre toute communication » avec son fils rebelle : il « ne lui enverroit aucun argent, ce dont ledit fils n'avoit pas besoin pour sa subsistance, à cause qu'il en tiroit du roi d'Espagne (1) ».

Monsieur le Comte hésitait encore entre l'accommodement et la révolte. Pressé par M. de Bouillon, qui lui disait que, quelque parti qu'il voulût prendre, l'hésitation ne pouvait que nuire à ses intérêts, il finit par se résoudre à s'entendre avec les Impériaux et les Espagnols. M. de Bouillon assura qu'il tiendrait toutes les promesses qu'il lui avait faites, mais il lui objecta le danger de soutenir un siège dans Sedan, si l'on n'avait une armée aussi forte que celle du Roi. Il ne manqua point de rappeler l'habitude qu'avaient et l'Empereur et le roi d'Espagne de violer les engagements qu'ils avaient pris à l'égard des princes rebelles, « qui ne tardoient pas à leur devenir à charge, s'ils n'étoient pas secondés au-dedans du

(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VI, pages 780-783.

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