PERFIDIE DU PRINCE THOMAS
Couronne, ni prince du sang de France, il n'hiésita pas à refaire un traité avec l'Espagne, et cela dès le 27 février 1641 : « Il n'a rien exécuté de ce qu'il avoit promis, mandait Mazarin à Richelieu, le 1" mars, que de recevoir l'argent du Roi (1). «Le 19 heureusement, le cardinal pouvait féliciter ainsi Mazarin : « Ces trois mots, vous témoignant la joie que j'ai que votre expédition militaire ait réussi à votre contentement, ne vous diront rien de la perfidie dont a usé le prince Thomas, parce qu'en ce sujet on ne sauroit assez dire : Dieu fera voir ses jugements. » La petite ville de Moncaglieri, proche de Turin, venait d'être prise et Mazarin « avoit contribué à ce bon succès par ses soins et bons avis (2) »,
Bientôt le comte d'Harcourt arrive de France. A peine à la tête de ses troupes, il reçoit une lettre du cardinal qui l'invite à marcher vers le nord-est et non vers le sud-est, ainsi que le lui avait conseillé Mazarin : « Pour moi, explique Richelieu, je ne vous cèle pas que j'aimerois beaucoup mieux que l'on attaquât des places qui sont es mains des Espagnols et qui couvrent le chemin de Casai et du Milanais. De ce genre, Verrue est celle qui me semble le plus considérable... Je préfère tant l'attaque des places qui vont vers le Milanais aux autres, que j'estimerois quasi meilleur, si vous ne jugez pas pouvoir prendre Verrue, la prise d'Yvrée et de Santia pour fruit de toute cette campagne que celle de Coni. Comme ceux qui sont éloignés ne voient pas toujours les objets aussi bien que ceux qui sont près, je vous prie de ne considérer ce que je vous mande que comme de simples ouvertures dont la résolution vous est remise (3). »
Le comte d'Harcourt prend à la lettre cette prudente recommandation. Il abandonne le siège d'Yvrée, auquel s'acharnait Turenne, miné par la maladie; il se hâte d'aller secourir Chivas, que le prince Thomas assiège. Mais ces mouvements harassent les belligérants et une sorte de trêve, due à la fatigue des troupes, interrompt les opérations (4).
(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VII, page 854.
(2) Ibidem, page 855.
(3) Ibidem, page 865-866.
(4) Voir A. Bazin, Histoire de France sous Louis XIII, tome VII, page 315.