SUCCÈS DU COMTE D'HARCOURT
Le comte d'Harcourt les reprend bientôt avec succès. Il s'avance non pas vers le Milanais, mais vers le comté de Nice, il veut couper les communications entre le prince Thomas et le cardinal de Savoie, atteindre la mer, être en liaison avec la Provence. Cette fois, le cardinal approuve. Le 5 septembre, il écrit au comte d'Harcourt : « Je suis extrêmement aise de la prise de Cève (dix-neuf lieues au sud-est de Turin) qui, vous ayant donné lieu de réduire à l'obéissance de M. de Savoie une des meilleures parties du Piémont, vous donne encore plus de facilité de faire l'entreprise de Coni (1). » C'est aussi à M. de Savoie que devra être remise cette dernière place, « lorsqu'elle sera réduite à son devoir ». Richelieu y tient beaucoup, mais il tient encore plus à la faire « garder sous le nom de M. le Duc de Savoie... à des conditions que Son Altesse n'en puisse abuser par mauvais conseil ». La Duchesse Régente voudra bien se conformer au désir du Roi, qui choisit M. de Senantes pour gouverneur éventuel de Coni; elle recevra le serment de Senantes, qui lui jurera de garder fidèlement la place. Mais, explique le cardinal au comte d'Harcourt, le même Senantes « en fera un autre à part entre vos mains, qu'il vous donnera par écrit, signé de lui, par lequel il promettra de ne remettre jamais ladite place de Coni, sans le consentement de Sa Majesté et par son exprès commandement ». Et Richelieu ajoute sans rire : « Il sera de votre adresse de faire valoir en temps et lieu à Madame le procédé du Roi en ce sujet et la pureté de ses intentions (2). »
Mais la duchesse de Savoie goûte peu le procédé du cardinal. En une lettre du 5 octobre, elle supplie Richelieu de considérer : « combien l'arrêt du comte Philippe a touché son autorité » : « Si jamais, ajoute-t-elle, mes humbles prières ont eu quelque pouvoir sur vous, je vous supplie de me le faire paraître en donnant la liberté au comte Philippe. Je ne veux point recourre au Roi mon frère, je la veux de vos prières et je vous en conjure pour mon bien et pour votre gloire. J'ai dit au comte de Cumiane de vous la demander en mon nom. »
Comment Richelieu pourrait-il se laisser fléchir? Il ne tarde pas
(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, pa^o 875.
(2) Ibidem, pages 877-878.
PROPOSITIONS DU PRINCE THOMAS m
à apprendre que le Père Monod a tenté de s'évader du château de Miolans et qu'un Capucin a formé le dessein de s'emparer de Montmélian et d'enlever le jeune duc de Savoie. Il n'ignore pas non plus, la mauvaise volonté de Madame, à qui il répond le 5 novembre : « Je prendrai toujours part à ce qui vous arrivera de bien ou de mal. Je suis extrêmement aise qu'en l'état présent de vos affaires, j'aie à me réjouir des bons succès au lieu de plaindre les mauvais. La reddition de Démonte et de Revel ensuite de la prise de Coni accommode grandement vos affaires... J'ai su ce qui se passe entre Votre Altesse et le comte d'Harcourt... Il importe qu'on ne croie pas en Italie et en toute la chrétienté que vous ayez méfiance ou jalousie des armées du Roi... Je vous avoue, Madame, que je ne saurois croire que vous ayez contribué aux conditions qu'on dit que le gouverneur de Revel a voulu mettre en sa capitulation, vu que ce seroit chose aussi honteuse pour le Roi que préjudiciable à vos affaires qu'une telle pensée vînt de Votre Altesse... Je ne réponds point à Votre Altesse sur le sujet du comte PhiHppe, parce que j'en ai entretenu au long M. le Comte de Cumiane... J'ose l'assurer qu'il est de son service qu'il soit au lieu où il est pour les considérations particulières dont je me suis ouvert audit sieur de Cumiane... Je crois que les mêmes raisons obligent Votre Altesse à faire bien garder le Père Monod (1). »
Cependant les victoires du Roi avaient amené le prince Thomas et le cardinal de Savoie à faire de nouvelles propositions de paix. Dès le 3 octobre 1641, Richelieu avait écrit : « Le traité avec M. le Prince Thomas est signé. Celui de M. le Prince Cardinal, si avancé, que, se voulant contenter de la raison, on ne peut rencontrer aucune difficulté dans la conclusion. Et en celui de MM. les Princes avec Madame, il semble qu'il n'y aura pas grand peine à y mettre la dernière main, puisque Madame a consenti presque à tous les points que les sieurs Comte de Meulan et Auditeur Moneti firent connaître être désirés de MM. les Princes. Le Roi ne prétend point se prévaloir des avantages de ses armes, des pertes que lesdits princes ont faites en Piémont et du mauvais état dans lequel sont
(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VII, pages 881-882.