‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 98 sur 367 · LE PRINCE DE MONACO SE DONNE A LA FRANCE · texte numérisé non relu

LE PRINCE DE MONACO SE DONNE A LA FRANCE

les intérêts des Espagnols, desquels ils sont protégés, pour diminuer les grâces et le bon traitement qu'il leur avoit dernièrement accordés; mais Sa Majesté a bien sujet de trouver étrange, après ce qui s'est passé, les prétentions qu'a à présent M. le Prince Thomas, qui ne pourroit les avoir plus grandes, s'il se fût rendu maître de Querasque, si M. le Comte d'Harcourt n'eût pas heureusement achevé l'entreprise de Coni et si les armes de Sa Majesté n'eussent pas eu des avantages si nobles de tous côtés... et il semble qu'il les devoit d'autant plus modérer qu'on sait bien de quelle façon il est traité des Espagnols et qu'en se remettant aux bonnes grâces de Sa Majesté, outre les avantages qu'il en reçoit, celui que lui donne la mort de Monsieur le Comte (son beau-frère, dont il était l'héritier), n'est pas peu considérable, duquel Sa Majesté sera contraint de le priver, s'il continue à demeurer uni avec les ennemis (1). »

Le prestige du Roi poussa, dans le même temps, un autre prince à quitter le service de l'Espagne, qui l'opprimait dans sa principauté. Honoré, prince de Monaco, s'entendit avec le comte d'Alais, gouverneur de Provence, surprit la garnison espagnole de sa petite capitale et la remplaça bien vite par des troupes françaises accourues d'Antibes. Il reçut la promesse de vingt-cinq mille écus de rente, car la pension des Espagnols ne pouvait pas manquer de lui faire défaut désormais et Richelieu écrivit au prince de Condé le 29 novembre : « L'afTaire de Monaco doit donner courage à tous ceux qui servent au quartier où vous êtes, de faire quelque chose de bon, afin de n'être pas seuls à n'augmenter pas les progrès des armes du Roi (2). »

La bataille gagnée en Allemagne à la fin de juin et que le cardinal déclarait beaucoup plus importante que la défaite de La Marfée, c'était la victoire de Wolfenbutel, avantage que le comte de Guébriant remporta devant la place de ce nom, qui était assiégée par le duc de Lunebourg. Quelques mois auparavant, les armées confédérées, s'étant avancées, n'étaient plus qu'à une portée de canon de Ratisbonne. « Un parti que les généraux (Banner et

(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VU, pages 881-882.

(2) Ibidem, page 839.

GUÉBRIANT VAINQUEUR A WOLFENBUTEL 113

Guébriant) avaient envoyé en campagne, dit le Père Bougeant, passa le Danube sur la glace, porta le feu bien au delà du fleuve et prit aux ennemis plus de quinze cents chevaux. L'Empereur luimême pensa être surpris. Ce prince devait aller ce jour-là à la chasse. Sa litière, ses oiseaux et tous ses équipages étaient déjà sortis de la ville et furent pris par un parti. L'Empereur eût été pris lui-même, s'il fût sorti une heure plus tôt. Le hasard pensa ainsi amener le moment fatal .qui aurait terminé la guerre et épargné bien du sang à l'Europe (1). » Le dégel sauva Ratisbonne, qui n'en reçut pas moins cinq cents coups de canon. Puis Banner, qui voulait marcher sur la Bohême, s'était séparé de Guébriant. Poursuivi par les Impériaux, il avait dû, au mois de mars, appeler Guébriant à son secours. Sauvé d'une défaite à Zwicaw, il était mort à Halberstadt le 20 mai 1641. Le général français parvint à maintenir les troupes suédoises jusqu'à l'arrivée du comte Torstenson, qui venait remplacer Banner. Guébriant, le 3 décembre 1641 emmena l'armée du Roi en Westphalie, pour entrer dans le duché de Juliers, où il pourrait donner la main au prince d'Orange. Celui-ci avait réussi à prendre la petite ville de Genep, dans le pays de Gueldre, le 27 juillet, trois semaines après la défaite de La Marfée, que la mort du comte de Soissons empêchait de tourner au désastre. Rien n'était perdu. « Dieu a voulu, songeait le cardinal, châtier Monsieur le Comte et nous donner un coup de fouet. »

(1) Père Bougeant, Histoire des Guerres et des Négociations qui précédèrent le traité de Westphalie, tome I, page 411.

UICHELIEU. — T. VI.

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