POLITIQUE DE RICHELIEU
daient le ministre débutant pour poser devant lui un de ces dilemmes redoutables qui sont l'épreuve des hommes d’État. On dirait que la destinée prend à tâche de lui soumettre d'emblée les grands débats qui occuperont sa vie.
Plongé dans ses réflexions, le jeune évêque compare et pèse : d'un côté les vieilles traditions, le souvenir du roi Henri, un sentiment d'honneur et de fierté nationales, un noble espoir de luttes et de relèvement après les faiblesses et les hontes d’une régence aville; de l’autre , la pression des intérêts et des événements qui ont poussé aux affaires le nouveau ministre et ses amis, les engagements et les familiarités avoués, les paroles prononcées aux États, lesaspirations et les vanités de la reine mère si heureuse des mariages espagnols, et, par-dessus tout, l’appréhension d’une grosse partie à jouer avec des ressources restreintes, une autorité discutée, un avenir précaire. Richelieu hésite. Enfin, se mettant en mouvement, 1l essaye dese dégager des liens qui l’enchainent, et sa politique, à la fois impatiente et rusée, se glisse entre Les deux solutions qui s'offrent à lui.
Pour bien marquer l'impulsion nouvelle qu’il entendait donner à la politique extérieure, l’évêque de Luçon avait décidé d’envoyer des hommes nouveaux auprès des gouvernements étrangers : le baron du Tour en Angleterre, M. de la Noue en Hollande, M.Miron en Suisse, et M. de Schomberg en Allemagne. La mission de ce dernier est sinon la plus importante, du moins la plus urgente. Il faut agir promptement auprès des princes allemands, pour contrecarrer les démarches du duc de Bouillon et des rebelles français, pour s'opposer au départ des soldats qu'ils ont enrôlés, pour
- hâter Le recrutement des troupes qui doivent renforcer les armées
royales.
Schomberg est persona grata près des princes protestants. D'origine écossaise, il est de la religion. Son père, bon serviteur du roi Henri, avait rempli des missions analogues auprès des mêmes personnages. Selon le jugement de Richelieu, « c'est un gentilhomme qui fait profession d’être fidèle et qui tient cette qualité de sa nation ; avec moins de pointe d'esprit que de sokdité de juge-