‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 138 sur 479 · MISSION DE SCHOMBERG EN ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

MISSION DE SCHOMBERG EN ALLEMAGNE

ment, il est homme de grand cœur, de générosité et de bonne foi. »

Le choix de Schomberg, dans les circonstances où l'on se trouve, est significatif. Jusque-là, Marie de Médicis, ayant tout subordonné au projet des mariages espagnols, suivait avec zèle les conseils venus de Rome ; on ne faisait rien à Paris sans consulter le nonce et l'ambassadeur d’Espagne. Ce n’est assurément ni l’un ni l’autre qui ont désigné Schomberg. Ils ont moins encore collaboré à ses instructions. S’il va retrouver les anciens alliés du royaume, c’est pour leur tenir un langage très différent de celui que la cour de France leur a fait entendre depuis la mort du roi Henri.

« La première chose que M. le comte de Schomberg doit avoir devant les yeux est que la fin de son voyage d'Allemagne est de dissiper les factions qu’on y pourroit faire au préjudice de la France, d'y porter le nom du roi le plus avant que faire se pourra, et d’y établir puissamment son autorité. » Ces paroles ont une allure qui n’est déjà plus celle d’une politique subordonnée. Le grief, trop répété par les princes et par les protestants, est immédiatement pris corps à corps : « Vos premiers efforts consisteront à faire connoître que c’est une pure calomnie qui n’a d'autre fondement que la passion et l’imposture de nos ennemis, de dire que nous soyons tellement Romains et Espagnols que nous veuillions embrasser les intérêts, soit de Rome, soit d'Espagne, au préjudice de nos anciennes alliances et de nous-mêmes, c’est-à-dire ou de ceux qui font profession de la religion prétendue réformée en France ou de tous autres qui, haïssant l'Espagne, font particulièrement état d'être bons Français. » Si le nonce et l'ambassadeur d'Espagne eussent pu lire cette phrase, elle les eût éclairés et probablement surpris.

N'est-ce pas assez encore? « Une des choses Les plus importantes à leur persuader (aux princes et républiques protestantes) est que nous faisons un extrème cas de leurs alliances et que nous avons un soin indicible de les conserver et, qu'en toute occasion, ils recevront notre assistance. » Dans ces protestations, il faut faire . évidemment, la part du langage diplomatique; cependant, de telles paroles ont du poids; les mettre par écrit, c’est laisser une

Page 1