INSTRUCTIONS A SCHOMBERG
bien grande latitude à l'homme de confiance, au protestant, à l’ami de « la cause » qui a charge de les répéter et de les commenter.
D'ailleurs, le fond de la pensée se découvre dans un autre passage des Instructions : il s’agit de ces fameux « mariages espagnols » tant reprochés. L’apologie de la conduite de la reine est faite en des termes si habilement choisis que le plus farouche huguenot ne trouverait rien à y reprendre: on invoque les précédents historiques ; on assure que ces mariages ont permis de passer les mauvais temps de la régence en paix, qu'ils ont « ôté le venin » à la politique agressive des Espagnols, qu'ils ont été agréés par ces mêmes princes qui les blâment aujourd’hui, qu'ils ont été désirés par Henri IV, qu'enfin ils ont eu si peu d'influence sur la politique française qu’à l'heure présente on renvoie dans leur pays les Espa-
‘gnols qui sont près de la reine, « ce qui justifie clairement le des-
sein que nous avons de nous rendre Espagnols en France!... »
« Et, ajoute Le document, ne sert de rien de mettre en avant l'humeur entreprenante des Espagnols, puisque, sans approfondir leurs intentions et leurs desseins, c’est nous faire tort de croire que nous ne puissions conserver les nôtres et nous garantir de ceux qui, justement, nous doivent craindre... C’est donc à tort que l’on appréhende que, de l’union de ces deux couronnes, sourde la division de la France. Nul ne croira aisément qu'un homme brüle sa maison pour faire plaisir à son voisin et que, pour aimer autrui, on se veuille haïr et perdre soi-même. Les diverses créances ne nous rendent pas de divers États; divisés en foi, nous demeurons unis en un prince au service duquel nul catholique n’est si aveuglé d’estimer, en matière d'État, un Espagnol meilleur qu’un Français huguenot. »
Est-il nécessaire d’aller plus loin encore et de promettre aux princes d'Allemagne de les aider dans leurs efforts pour s’opposer à la politique de l’Escurial? On ira jusque-là. « Il faut prendre occasion de leur témoigner à notre profit que nous ne désirons point l'avancement de l'Espagne, nous offrant, quoique discrètement, à les assister contre les pratiques que le roi d'Espagne fait pour faire tomber, avec le temps, les couronnes de Hongrie et de Bohême, celles du roi des Romains et l’impériale sur la tête d’un