‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 162 sur 479 · IL REFUSE LES PASSAGES · texte numérisé non relu

IL REFUSE LES PASSAGES

lieu de médiation, c'est une nuance appréciable, dans la bouche de ces diplomates experts, et leur réponse marque l’origine du malentendu qui va sans cesse aller en s’'aggravant.

Luçon joue au plus fin. Il fait attendre quinze jours encore une réponse précise au sujet de l'affaire des Grisons. IL sait bien, au fond, qu'il ne peut pas étendre aux Vénitiens ce privilège exclusif des « passages », que la sage politique de Henri IV a réservé à la France. Il sait aussi que faire une pareille concession ce serait blesser l'Espagne à la prunelle de l’œil. Les ambassadeurs, de leur côté, sentent qu’ils ont manqué l'heure. Ils multiplient les démarches. Ils vont chez le maréchal d’Ancre, qui les assure de son bon vouloir et rejette tout sur Gueffier. Ils vont chez Mangot; ils vont chez la reine mère. Ils harcèlent Luçon.

Celui-ci, au cours d’une nouvelle audience, développe surtout les raisons du refus, insiste sur les intérêts du roi, promet d’en parler à ses collègues. Fâcheuses dispositions! Les ambassadeurs reviennent à la charge. Enfin, le 22 janvier, Lucon se décide et leur déclare nettement que, si la France ne fait pas d’obstacle à ce qu'une alliance soit conclue entre les Ligues grises et la République de Venise, si même elle est favorable à cette alliance, c’est à une condition expresse, à savoir « que le passage des Alpes reste interdit à toutes les armées, sauf à celles de la France à qui le passage reste assuré méme contre les Vénitiens (1) ». Cette réponse, prévue peut-être, n’en fut que plus mal accueillie par les ambassadeurs. Pouvaient-ils s'attendre à un pareil coup de la part du roi de France, du fils de ce Henri IV qui leur devait la couronne? La phrase qu'on leur proposait d’ajouter au traité d'alliance détrui-

(1) .Lettre du 17 janvier : « Jusqu'ici, dit l'évêque de Lucon aux ambassadeurs, le royaume de France a, seul, le passage chez les Grisons. Il veut bien être agréable à Venise; mais, à condition que le privilège des rois de France n'en souffre aucun dommage... Cependant par suite de l'intervention du maréchal d’Ancre et en raison de l’ancienne alliance, on est disposé à envoyer à Gueffier l'ordre de ne plus s'opposer à la conclusion du traité entre Venise et les Grisons, à condition que le passage ne soit accordé aux Vénitiens que pour la défensive, tandis que la France pourra continuer à se servir du chemin, en tout temps et comme il lui plaira. » (Vol. 1770, f° 247, fos 275, 280, 308.) — Les instructions données à Gueflier sont beaucoup plus positives encore. Le roi écrit à Léon : « J'ai mandé à Gueffier qu’au cas où on veuille insérer en cette alliance les ar ticles-que je lui ai envoyés, il s'oppose ouvertement à ce que telle chose ait lieu pour le préjudice qu’elle me causerait, (Corresp., t. VII, p. 338.)

Page 1