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LES VIEUX MINISTRES

En somme, la politique de Luynes fut toute personnelle, courte, versatile, inspirée par la circonstante présente, sans aucune vue sur l'avenir. Le caprice de la destinée est tel que le sort d’un grand peuple et une suite d'événements des plus considérables devaient dépendre des ambitions d’un cadet de Provence, habile homme et bon oiselier. C'est pourquoi la responsabilité du choix des hommes pèse si lourdement sur la tête des chefs d'État et qu’elle est nécessairement leur plus haut devoir (1).

Au début, le nouveau maitre de la France fut très entouré. Tout ce que les violences de Concini avaient éloigné était accouru aussitôt après l'assassinat. Il y avait une curée à se partager; tous les appétits avaient fait cortège à l’hallali, et on s'était distribué les charges, les gouvernements, les places, l'argent et Les meubles du maréchal d’Ancre (2). Les Grands révoltés avaient quitté les armées, sur un signe du Roi, pour reprendre leur place à la cour. Seul, le perspicace Bouillon s'était contenté d'envoyer saluer Louis XIIF, disant que /a taverne était toujours la méme, le bouchon seul étant changé.

Le Conseil avait été reconstitué rapidement avec les anciens ministres, Sillery, Villeroy, Jeannin, du Vair : noms glorieux et

(1) Un brillant historien contemporain, Victor Cousin, s'est efforcé de découvrir dans le duc de Luynes l'étoffe d'un grand homme d’État méconnu, et une sorte de précurseur de Richelieu. La thèse n’est qu’un très intéressant et très érudit paradoxe. Voir les études publiées par M. Victor Cousin, sous le titre : Le Duc et connectable de Luynes, dans le Journal des Savants, années 1861 et 1862; le premier article a paru dans le numéro de mai 1861. Il serait bien injuste de ne pas reconnaître l'importance et la nouveauté de ce travail, que M. Victor Cousin n'a pas réuni en volume. Mais, ceci dit, la thèse soutenue par cetauteur ne me paraît pas supporter l'examen d’une critique judicieuse et impartiale. — Le savant éditeur de la Correspondance de Richelieu, M. AvENEL, à réfulé, d'une manière qui paraîtra convaincante, la thèse de M. Victor Cousin dans un important article, intitulé : L’évêéque de Luçon et Le connétable de Luynes, article paru dans la Revue des Questions historiques, année 1870 (p. 79 et suiv.). — Il faut lire aussi avec attention, sur ce sujet, les commentaires du même éditeur dans les volumes de la Correspondance de Richelieu qui se réfèrent au temps du connétable de Luynes.

(2) « Vitry est nommé maréchal de France et recoit 70.000 écus. M. d'Ailli reçoit la charge de colonel des gardes du Roi. M. de Luynes est fait premier gentilhomme de la Chambre de $S. M., recoit la lieutenance de la Normandie, et, en libre don, tous les biens meubles du maréchal et de lamaréchale d’Ancre. » Ambassadeurs Vénitiens. Bibl. Nat., Manusc., Supp. fr., vol. 1771 (f° 93).

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