‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 196 sur 479 · RICHELIEU QUITTE BLOIS · texte numérisé non relu

RICHELIEU QUITTE BLOIS

tout le monde était réuni au château de Blois dans la salle commune pour le souper. On attendait la Reine et l’évêque de Lucon. L'attente se prolonge. Enfin après dix heures, la Reine fait dire qu’elle ne soupera pas. Un serviteur de Richelieu, Mulot, ajoute, à l'oreille de quelques-uns, que l’évêque a décidé de partir le lendemain matin.

Les curiosités en éveil comptaient, du moins, le prendre au saut du lit et à l'heure du lait. Mais il fut diligent et, quand on se leva, il avait déguerpi. Par la soudaineté du départ, il échappait aux questions et aux protestations. Dans la journée, la reine mère se déclara souffrante. Elle fit venir ses médecins. Ils la trouvèrent congestionnée, angoissée, et, c’est leur mot, dans une véritable « bourrasque d'âme ». Elle se livra à eux avec une docilité rare; elle fut saignée et, toujours d’après les médecins, elle fut beaucoup mieux. On peut juger de l’émoi dans cette petite cour.

Voici ce qu’on apprit. La veille du départ de l’évêque, une lettre était arrivée de Paris, par laquelle le marquis de Richelieu, son frère, lui affirmait tenir de bonne source que le Roï était décidé à le renvoyer dans son évêché. Luçon, recevant cette nouvelle, avait perdu tout sang-froid, et, sans attendre un ordre formel, il avait cru plus habile ou plus convenable de devancer celui qu'on lui annonçait : il avait quitté Blois se rendant en droite ligne à Richelieu. Or, l'avis n'était pas fondé, et l’on sut bientôt que l’évèque, trompé par son frère, s'était trompé luimême en agissant si hâtivement.

Tel est le récit qui figure dans les Mémoires de Richelieu et dans ceux de Déagent; 1l est conforme à la correspondance manuscrite, et Richelieu a conservé dans ses papiers la lettre par laquelle le marquis s'excuse d’avoir induit son frère en erreur : « Je suis au désespoir de vous avoir donné l'avis de ce que je vous ai mandé, bien qu'il fût vrai et que je l’eusse appris de M. Châteauneuf qui me dit qu’il avait été présent à la résolution qui en fut prise. Cela m'ayant été confirmé par une personne de plus grande qualité et par plusieurs autres encore, je vous le mandais aussitôt. Mais depuis, le changement des choses

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