‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 208 sur 479 · LA DISGRACE · texte numérisé non relu

LA DISGRACE

Ceux-là sont de vrais ambitieux, des bêtes puissantes et carnassières, organismes énormes légués aux époques récentes par le vieil atavisme des luttes ancestrales.

Il en est d’autres qu’une civilisation plus raffinée a polis et qu'un équilibre plus délicat maintient dans la limite de la dignité personnelle et de l'élégance sociale. Ceux-là, quand le vent est contraire, croisent les bras et attendent. Leur orgueil souffre, mais il n’est pas abattu. Il résiste, de lui-mème, à la tentation la plus vive, pour leur nature combative, celle de prouver qu'ils ont raison. Ils replient leur dialectique dans le silence et répriment leur conviction dans un sourire. Ils attendent, confiants dans le retour des choses, dans une espèce d'équité qui git au fond de l'âme des foules, et dans un jugement impartial qui, peut-être, leur sera refusé même après leur mort.

Quand ils sont encore jeunes, ils adoptent ce parti d'autant plus volontiers qu'il n'exclut pas un certain calcul. Certainement, ce qu'il y a de plus habile au monde c’est de bien faire; mais ce qu'il y a de plus sage c’est de se taire.

Une fois passées les premières semaines tumultueuses que nous avons racontées, Richelieu entra dans la disgrâce avec la décision prise de ne laisser fléchir, pour aucune raison, la ligne de conduite qu'il s'était tracée. IL attendrait l'heure où on lui rendrait justice et où les deux partis rivaux seraient d'accord pour recourir à lu. Pour échapper à la haine et à l'envie, il se résigene, comme le lui conseille un de ses correspondants, à une existence « à demi conventuelle » (1). IL écrit, vers le milieu de l'année 1617, à M. d'Haligre : « Je suis réduit en un petit ermitage parmi mes livres (2) », en août 1617, au nonce : « Je vis dans mon diocèse parmi le contentement de mes livres et les actions de ma charge. » Bientôt après : « Je suis résolu de couler doucement le temps parmi mes livres et mes voisins (3). » Sur la fin de 1617 : « J'estimois qu'étant du tout attaché à ma

(1) Correspondance, t. 1 (p. 688).

(2) Correspondance, t. I (p. 544).

(3) Zbid. (p. 549 et 551).

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