VIE RETIRÉE DE L'ÉVÉQUE
charge et à mes livres, je serais exempt de calomnies (1). » Et enfin, au début de 1618 : « En cet éloignement, j'ai vécu en ma maison parmi mes livres (2).» Je ne pense pas qu'il soit possible de pousser plus loin, pour un homme aussi actif, le parti pris
du détachement et de l’é
étude.
Non seulement il le dit, mais, en homme sérieux qu’il est, il fait ce qu'il dit. Sa correspondance, du moins pendant les deux premières années de son exil, chôme et s'éteint. On dirait qu'il retient son souffle. On l'entend à peine. Il ne s'adresse plus qu'à des femmes, à des prêtres, entretenant tout juste ses relations du monde et ne s'appliquant guère plus qu’à la surveillance de ses affaires particulières. Il se fait petit, et il a raison; car l'orage gronde toujours sur sa tête.
Par un artifice de procédure, on l’a impliqué au procès de la maréchale d’Ancre. Le procureur général Servin, toujours excité contre ce qui est d'église, l’a accusé véhémentement d’avoir eu, avec le maréchal d’Ancre, une correspondance contraire aux intérêts de l’État (3). La cour lui fait sentir la menace. Le 12 juillet Déagent, reprenant délibérément une conversation qui a si mal tourné pour Richelieu, se félicite d’avoir pu faire en sorte que, malgré le réquisitoire de Servin, l’évêque n'ait pas été compris au procès. |
Cette poursuite contre la pauvre femme était inique. Ce n'était pas à elle qu'on en voulait, maïs à la Reine, et celle-ci ressentait cruellement l’injure. Richelieu ne bouge pas. Il n’en est plus à croire aux promesses qu'avec un aplomb infatigable lui renouvelle Déagent : « M. de Luynes vous a continué toujours sa bonne volonté, m'ayant depuis peu, par deux fois, donné sa parole de votre retour, sans me pouvoir assurer du temps. Il est vrai que les esprits sont toujours fort aigris, ici, contre vous. » Tantucci lui-même essaye de se justifier. On lui fait subir une sorte d'interrogatoire où il découvre la figure piteuse d’un renard tombé
(1) Ibid. (p. 559).
(2) Ibid. (p. 561).
(3) Voir lettre du nonce Benrivoczio du 5 juillet. — Cfr. Correspondance (t.I, P. 352, et t. VIIT, p. 16), et Mémoires de RicaeutEU (t. I, p. 181).
23% VIE RETIRÉE A COUSSAY.
au piège; il écrit d’interminables lettres où tout est expliqué avec une candeur empressée qui se heurte au parti pris de silence de l'exilé (1).
Ce qu'il y a de plaisant c’est que tout le monde se met à plaindre cette pauvre maréchale que tout le monde a poussée sur l'échafaud : « Sa mort, dit Déagent, lui a attiré autant d'honneur que sa vie lui avait attiré de haine et de blâme ». « Cette mort, dit à son tour Tantucci, a été tellement regrettée que c'est miracle. Mais le roi avait peur tant qu'elle était vivante ». Finalement, c’est le roi, c’est cet adolescent affolé à plaisir, qui reste responsable de tout!
L'évèque de Luçon est à Richelieu d’abord, puis dans son prieuré de Coussay. Il revoit les champs paternels et les longs horizons montueux de sa jeunesse; il écoute, de loin, ces bruits qui viennent de la cour et assiste bientôt à une autre rune, celle de son influence auprès de la reine mère. En son absence, toutes les haines et toutes les ambitions sont déchainées contre lui.
Ruccellaïi, qui avait fait le mort et s'était refugié dans son abbaye de Champagne, reparaïit. Il écrit, le 25 juillet, à la reine pour la louer de sa conduite, pour lui offrir ses services et pour la supplier de le recevoir à Blois. Nous voyons, par les lettres des officieux adressées à l’évêque de Luçon, que son parti est fort désemparé et que la place est prête pour ses rivaux, c’est-à-dire pour ceux qui poussent à la rupture complète avec la cour et à une prise d'armes (2).
Luynes, sentant que la reine à perdu son conseiller le plus prudent et son meilleur appui, l’achemine vers les fautes irréparables. D'une part, on la blesse par toute une série de mauvais procédés qui, avec son caractère irascible, lui rendent la vie insupportable; d'autre part, ôn envoie auprès d'elle ce Modène, confident de
(1) Voir les lettres de Tantucci du 1 juillet et au delà, reliées hors de leur place dans le volume 771 des Affaires Étrangères, (fo 339 et suiv.).
(21 Sur ces démêlés, cfr. la correspondance originale du mois de juillet, au vol. 771 des Archives des Affaires Étrangères, avec Correspondance (t. I, p. 584). — Mémoires de RICHELIEU — BENTIVOGLIO, (t. I, p. 347, 378). — Voir la lettre de Ruccellai à la reine mère, par laquelle il lui offre ses services. Affaires Étrangères, vol. 771 ({0 167).