‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 211 sur 479 · LES ÉTUDES · texte numérisé non relu

LES ÉTUDES

miséricorde si j'ai jamais eu aucune pratique ni pensée contraire à votre service (1). » |

Ces protestations sont vaines. Aussi, avec sa sûreté de coup d'œil habituelle, l’évêque se décide, en même temps, à une démarche qui sera capitale pour le reste de sa carrière.

Il fait appel à son ami de jeunesse, le Père capucin Joseph du Tremblay. Pendant le premier ministère de Richelieu, un froid était survenu entre eux, probablement à la suite de la rupture du duc de Nevers, grand ami du Père Joseph, avec le maréchal d’Ancre et ses partisans. Quoi qu'il en soit, depuis dix-huit mois, les deux amis n'avaient plus eu aucune relation. Le Père Joseph, d’ailleurs, avait passé presque tout son temps en Italie, s'employant activement à la réalisation de son rêve d’une eroisade contre le Turc. Rentré en France vers le mois de juin 1617, il s'était trouvé mélé de nouveau aux affaires de la famille royale. Il avait écrit lui-même au cardinal Borghèse, neveu du pape, qu'il travaillait à un rapprochement entre le roi et la reine mère (2).

Dans les circonstances si pénibles qu'il traverse (fin septembre 1617), Richelieu prend le parti de recourir au bon Père : « Mon père, je veux vous témoigner par cette lettre, que j'ai de la confiance en vous, puisque, bien qu’il y ait plus d’un an et demi que nous ne nous soyons vus, je vous veux écrire avec la même franchise que si nous n'avions bougé d'ensemble. Je suis si gros de déplaisir... que je veux vous ouvrir mon cœur... » Et alors, c’est un récit de tout ce qu'il a enduré depuis quatre mois, c’est un tableau, un peu chargé peut-être, de son humilité, de sa résignation chrétienne : « Je ne recherche que le repos pour cet effet. Je vous proteste devant Dieu n'avoir eu ni n’avoir d'autre pensée... » IL sait que le Père Joseph a des attaches à la cour et notamment « qu'il voit et estime grandement M. Déagent ». Il le prie de prendre sa cause en main. C'est une œuvre pie, car la vie de l’évêque, dans son prieuré et dans son diocèse, est toute consacrée à

(1) Sept. 1617. Correspondance (t. 1, p. 551). (2) Sur la vie très active du Père Joseph dans cette période, v. FAGmEz, Richelieu et le Père Joseph (t. 1, chap. m1 et 1v).

Page 1