‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 212 sur 479 · RECOURS AU PÈRE JOSEPH · texte numérisé non relu

RECOURS AU PÈRE JOSEPH

un grand travail contre l'hérésie. Il touche ici, auprès du Père Joseph, la corde sensible et évoque les vieux souvenirs des missions communes dans le Poitou : « Ce m'est un grand crève-cœur de voir que travaillant contre l'hérésie, les huguenots prennent occasion de rabaïsser ce que je fais contre eux par les bruits qu'ils répandent qu'on fait courir de moi dans la cour. »

On ne s'attendait guère à voir là les huguenots. Mais il faut faire flèche de tout bois, et le pieux capucin ne peut rester insensible à un langage si humble à la fois et si édifiant. IL sait que les intérêts de l’évêque de Luçon sont vus d’un œil favorable par la cour de Rome (1). Il escompte d'avance le secours qu'un homme comme Richelieu peut apporter à la cause à laquelle il a consacré sa vie. D'ailleurs, la lettre de l’ami le touche. Il y à, entre ces deux âmes, des affinités dont l'avenir fera le lien le plus fort qui puisse unir deux grandes existences. Dès ce moment, le Père se met à préparer de loin, avec sa patiente ténacité et son expérience consommée des dessous de la politique, l'heure où 1l pourra donner à l'oreille, au moment opportun, le conseil heureux qui rappellera. Richelieu de l'exil et lui ouvrira de nouveau le chemin de la confiance royale (2).

Mais cette heure, si on peut la pressentir dès maintenant, n’est pas encore sonnée, et Richelieu retombe dans ses tristesses et dans son silence. Il a bien raison quand :il écrit qu'iln' a d'autre consolation que ses livres; car il n'a pas d'autre occupation. Son énergie se renferme dans son cabinet.

Il est vrai que, là encore, 1l reste un homme d'action et un combattant. Même dans le choix du sujet sur lequel 1l porte son application, il n’a pu s’arracher à la polémique courante, et en ce moment où 1l semble se consacrer tout entier à ses devoirs d’évêque, il touche au problème le plus difficile de la politique du temps et dont la solution absorbera les forces de sa vie tout entière : le

(1) Benrivocio (t. I, p. 436).

(2) Voir la lettre au Père Joseph, dans Correspondance (t. VIT, p. 412). — Au même moment, Richelieu s'adresse à peu près dans les mêmes conditions à son ancien ami, Bertrand d'Eschaus, évêque de Bayonne, Correspondance (t. I, p. 558).

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