POLÉMIQUE THÉOLOGIQUE
Quand il y a des coups à donner ou à recevoir, on est sûr de trouver un jésuite dans l'affaire, — qu'il s'agisse des chefs comme Bellarmin ou Coton, ou des enfants perdus comme Le Moine ou Garasse.
Le Père Coton, dont nous venons de prononcer le nom, avait joué un rôle décisif dans les événements qui avaient permis à la Compagnie de s’introduire en France, vers la fin du xvi° siècle. La chose s'était faite comme par miracle. Quand les bons Pères, au fort des guerres de religion, amorcèrent leur entreprise, tout le monde y paraissait contraire. Et cependant, en quelques années, Henri IV, protestant de la veille, leur ouvrait toutes grandes les portes du royaume. Avant de mourir, il leur léguait son cœur pour être gardé dans leur maison de la Flèche.
Le Père Coton, qui avait tant contribué à ce succès, conserva, jusqu'à la mort de Henri IV, une réelle influence sur ce prince. On disait à la cour que le Roi avait du coton dans les oreilles. Après l'assassinat, il resta le confesseur du jeune roi et de la reine mère. Toujours puissant, toujours actif, toujours combattant, c'était un homme qui s'était faitrespecter, aimer, ou craindre de tout le monde. Mais 1l semble bien que son activité Jamais au repos et son zèle pour la reine finirent par le compromettre dans la cabale du maréchal d’Ancre. Après [a mort de celui-ci, il devint suspect. Le nonce Bentivoglio lui-même l’accuse d’intrigues et d'indiscrétion. Dans le secret du confessionnal, il aurait posé au roi Louis XIII quelques questions embarrassantes. Quoi qu'il en soit, il n'était pas l'homme de Luynes. Celui-ci voulait être le maitre. Il le remplaça (1). On ne chercha pas hors de la Compagnie, et au Père Coton on substitua, en qualité de confesseur du Roi, un autre jésuite, le Père Arnoux : ce fut ainsi que la tradition s'établit de réserver à l'Ordre cette importante mission.
Le Père Arnoux avait de la faconde; mais c'était un caractère moins prudent que l’autre ; sous sa rudesse apparente il y avait le goût de la politique et de l'intrigue. Louis XIII ne ga-
(1) Sur le Père Coton, voir l'ouvrage si important du Père Prar: Recherches historiques sur la Compagnie de Jésus en France du temps du P. Coton, 5 vol. in-8°, Lyon, 1876. — Cfr. Mémoires de Fontenay-Mareuil (p. 121). —BENTIvoGLi0, qui n’est pas tendre pour lui, raconte sa disgrâce (vol. [, p. 301, 380, 382 etc.).