‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 217 sur 479 · SUCCÈS DU LIVRE · texte numérisé non relu

SUCCÈS DU LIVRE

plus qu’elle ne s’en rend compte peut-être, fidèle à elle-même. En effet, l'homme qui a écrit le livre et la préface n'est-il pas le même qui, après avoir pris la Rochelle, deviendra l’allié des protestants, faisant de cette contradiction apparente l'axe d'une existence où se rencontrent toujours le sens pratique, la mesure et un vigoureux esprit de modération (1)?

La rédaction et la publication de ce traité furent, pour Richelieu, une forte et salutaire distraction durant l'été de 1617. Au début d'octobre, il écrivait au garde des sceaux pour lui demander le privilège (2), et, le 7 du même mois, il obtenait l'approbation des docteurs de Poitiers (3). Bientôt, il envoyait des exemplaires de son livre, imprimé dans cette ville, à ses amis, aux docteurs de la Sorbonne, à ses confrères, les évêques, au Père Suffren, confesseur de la reine mère, et il recevait de partout des compliments et des félicitations (4). Plusieurs pasteurs protestants répondirent promptement. Mais l’ardeur qu’ils mirent à transformer la querelle en polémique politique indique combien ils étaient encore éloignés de partager les tendances hautement modérées de leur contradicteur.

Le livre, en un mot, produisit tout l'effet sur lequel l’évêque pouvait compter. Il tint le public en haleine et mérita l’attention et l'estime des hommes graves. Le succès fut tel que les adversaires personnels de Richelieu en concurent du dépit. « Plus cette action me donna de réputation, plus elle me chargea d'envie, » dit-il Ilui-mème. Et, en effet, il était à une de ces époques de la vie où la supériorité naïissante n’a pu encore se dégager du premier cortège des jalousies particulières et des haines médiocres.

(1) BAYLE, dans sa critique très intéressante du livre de Richelieu, fait observer que celui-ci, tout en reprochant aux protestants leurs doctrines anti-monarchiques, n’a pas mentionné les livres si importants de Hubert Languet et les Vindiciæ contra tyrannos. Pour expliquer cette singulière omission, il cite un passage de Rivet affirmant que Richelieu avait pris toutes ses citations dans le livre de l’écossais Brereley. — Le ministre Blondel répondit à l'évêque de Lucon sous le titre : Modeste déclaration de la sincérilé des Églises Réformées, à Sedan, 1619. — V. BAYLE, Dissertation sur le livre de Junius Brutus, à la suite du Dictionnaire (t. IV, p. 573).

(2) Correspondance (t. VIE, p. 414).

(3) L'approbation des docteurs est datée de « Poitiers, le 9 octobre, jour saint Denis, l'un des apôtres de la France ». V. édit. de 1629, en tête.

1) Correspondance ({. I, p. 558).

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