‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 218 sur 479 · L'ASSEMBLÉE DES NOTABLES · texte numérisé non relu

L'ASSEMBLÉE DES NOTABLES

Cependant, à Paris, le favori, le rival s’affirmait dans la faveur du roi et dans l'habitude du pouvoir. Il se gorgeait d’argent et d'honneurs. Au lendemain de la mort du maréchal, il avait obtenu les charges de lieutenant général de la Normandie et de premier gentilhomme de la Chambre, les places du Pont-de-l'Arche et de Quillebœuf. En mai, pour mieux surveiller le Roi, il prend, au Louvre, l'appartement de M®° de Guercheville. Le 7 juin, il est reçu conseiller au Parlement. En août, il se fait attribuer toute la confiscation de la maréchale d’Ancre.

Il songeait à épouser la sœur naturelle du Roi, M*°de Vendôme, rêvant faire couler ainsi, dans les veines de ses enfants, le sang des Bourbons. En présence de l'opposition naissante autour de lui, il renonça à ce projet. Mais, le 13 septembre, :l épousait M”° de Montbazon, « laquelle étoit d’une grande maison, fort belle et avoit des biens suffisamment » (1). Il devenait ainsi le beau-frère du duc de Rohan et l’allié des plus grandes familles du royaume. Il eut la valeur de cinq cent mille livres en mariage. Tout était, pour lui, revenant-bon. « Tout résonnait d’éloges à sa gloire. » La cour, le public, le royaume s’inclinaient devant cette fortune plus soudaine encore et non moins inexplicable que celle du maréchal d’Ancre.

Il fallait consolider tout cela. Il fallait donner à la politique suivie à l'égard de la reine mère l’appui de ce qu'il y avait de plus autorisé dans le royaume. Luynes eut l’idée de recourir à une espèce de contrefaçon de l'assemblée des États. Sous le prétexte, habilement choisi, de réformes à accomplir {il y a toujours des réformes à accomplir en France), il fit convoquer une réunion des notables avec mandat d'étudier rapidement un certain nombre de propositions empruntées aux cahiers de 161%. L'assemblée se composait de treize membres du clergé, seize de la noblesse, et vingt-cinq représentants des cours souveraines. Elle devait se réunir à Rouen, Luynes ayant préféré « cette seconde capitale de la France », parce qu’elle était aussi le chef-lieu de sa lieutenance générale de Normandie.

(1) Voir le livre de Victor Cousin sur Madame de Chevreuse.

Le Roi vint en personne. Mais Luynes fit son entrée à part, à la tête de 500 chevaux. En raison de sa qualité de lieutenant général, il présida lui-même la séance d'ouverture des États de la province et il parla avec bonne grâce, aux applaudissements de tous.

L'assemblée des Notables s’ouvrit, le 4 décembre, en présence du Roi, par un discours du chancelier, le vieux Sillery. Puis, on se mit au travail. En vingt jours, la besogne fut faite et le paquet de réformes accepté, sous de légères modifications. Le cahier fut remis au Roi par le cardinal Du Perron, le 26. Il contenait un plan général de refonte des Conseils du Roï, la suppression de la Paulette, la limitation du chiffre des pensions, en un mot, il donnait satisfaction à la plupart des aspirations justifiées, qui, depuis si longtemps, se manifestaient par tout le royaume.

Ce fut une congratulation générale pour un si beau etsi prompt résultat. Louis XIII fixa un rendez-vous aux députés, à Paris, le lendemain du jour des Rois, pour leur faire connaître sa réponse qu'il promitsincère et favorable. Mais cette promesse ne tint pas, et il n’en fut plus jamais question. Fontenay-Mareuil conclutjudicieusement : « Cette assemblée demeura, comme toutes les autres, sans effet. Mais comment aussi, verroit-on ôter les désordres d’un lieu où il y à un favori qui ne subsiste que par le désordre et qui en est lui-même le plus grand de tous (1)? »

Cependant Luynes surveillait, du coin de l'œil, tout ce qui se passait du côté de la Loire, soit à Blois, soit à Coussay. Ce solitaire muet l'inquiétait toujours. L’évêque a beau faire le mort : on le sait vivant et bien vivant. Il gène. On trouve qu’à Coussay,

(1) Sur l'assemblée des Notables, voir les histoires générales du règne de Louis XIII. — Cf. FonTENAY-Mareuiz, Mémoires (p.127). — « Brevet du pouvoir donné parle Roy à M“ le duc d'Anjou, son frère unique, pour présider en l'assemblée des Notables », 7 décembre. Affaires Étrangères (vol. 771, f° 185). — « Sommaire des propositions présentées par écrit de la part du Roy en l'Assemblée de Rouen du samedi 7 décembre 1617 » (ibid., vol. 774., fo 190). — « Le cahier de l'assemblée des Notables, tenue à Rouen », 26 décembre 1617 (ibid., f° 194). — A la suite: « Mémoire de ce qui s’est passé en l'assemblée tenue à Rouen (f°° 220-232), — RicHeLiEu dit dans ses Mémoires : « Le principal dessein de Luynes était de faire trouver bon ce qu'il avait conseillé au Roi sur le sujet de la mort du maréchal d'Ancre et de l'éloignement de la reine mère. Cela fait, son soin ne s’étendit pas plus avant » (t. 1, p. 177). — Journal D'ARNAULD D'ANDILLY, édit. Halphen (p. 327 et p. 349), sous la date du 10 février 1618.

Page 1