MARIE DE MÉDICIS ET BARBIN
il à encore trop d'air; il est trop près. On lui ordonne de se renfermer dans son évêché, parmi ces marais dont les fièvres sont pour lui si perfides. Son frère le marquis, son beau-frère Pontcourtay doivent aussi se retirer dans leur maison (1).
L'évêque le premier leur conseille la patience. Sur le bruit qui lui est parvenu que la Reine a fait quelque démarche pour qu’on le laissât revenir auprès d'elle, il écrit à son frère et demande « que la Reine arrête le cours des poursuites qu’elle fait pour mon rétablissement ».
Marie de Médicis est, en effet, bien abandonnée. En proie à tous les intrigants, elle tombe dans tous les pièges. Elle se ressouvient de son ancien ministre et conseiller Barbin qui se morfondait à la Bastille, attendant toujours les résultats de la poursuite intentée contre lui. Celui-là, Luynes le détestait, plus encore peut-être que Luçon. Il disait que la reine mère, conseillée par lui, « était l’unique ennemi de l'État. » Par un artifice vraiment machiavélique, on prépara pour la reine mère et pour Barbin une embüche où il était trop facile de les prendre. On montra au prisonnier un visage moins sévère. On lui accorda quelques menues faveurs; on le laissa se promener dans l’étroite cour de la Bastille ; on lui permit de correspondre au dehors; le commandant avait pour lui des sentiments de bienveillance : il fut libre de les manifester.
La reine, avertie, crut qu'elle pourrait, sans inconvénient, renouer quelques relations avec son ancien serviteur. Elle lui écrivit, bien sottement, pour lui demander conseil, « n'ayant plus personne auprès d'elle en qui elle se fiât ». Il répondit, d’abord sagement, puis plus habilement, puis plus fortement, selon son caractère. Plusieurs grands seigneurs furent mis au courant. Luynes lui-même, qui avait gagné les courriers et qui lisait toutes les lettres, paraissait désireux de recourir à ce moyen pour rechercher un rapprochement avec la reine mère. Il trompait ainsi, non
(1) Voir toute une correspondance très intéressante de Richelieu au sujet de l’administration de son diocèse, à cette époque : à la Bibliothèque de l’Institut, fonds Godefroy (t. CCLXVIIT, pièces 114, 131 etc.). Nous retrouvons, ici, Duvergier du Hauranne, abbé de Saint-Cyran. Cfr. notre premier volume (p. 116).