FAUSSE MANOEUVRE DE LA REINE
seulement Marie de Médicis et Barbin, mais ses meilleurs amis, comme le duc de Rohan, son beau-père, Montbazon, qui était honnête homme et s’employait de bonne foi au succès de l'affaire, et des personnages importants dont la rancune pouvait lui être dangereuse, Bellegarde et d'Épernon. « Tous se rapportaient à Barbin » qui, par l’ascendant naturel de son caractère, avait repris, du fond de sa prison, une certaine autorité.
Lui et la reine s’enferraient. Elle commit l’imprudence d'envoyer à Paris un émissaire maladroit et brutal, Chanteloube, qui vint à la cour, parlant haut et annonçant le prochain retour de l’exilée. Luynes n’attendait que cette occasion. Il se dévoila tout à coup, exhiba la copie de toutes les lettres qu’il avait fait saisir et parmi lesquelles il y en avait de compromettantes, crla au complot.
Le Roi fut effrayé. On arrèta le commandant de la Bastille et son lieutenant, Bournonville et Persen. On mit la main sur quelques pamphlétaires à gages qui payèrent pour tous et furent brülés vifs en place de Grève. On emplit la Bastille et le For-l’'Évèque. On resserra Barbin, et on ouvrit, contre lui une procédure qui pouvait le conduire à l’'échafaud. En un mot, on terrorisa, par tous les moyens, cette malheureuse reine, affolée du mal que son imprudence venait de commettre (1).
Enfin, quoique l’évèque de Luçon paraisse bien s'être tenu en dehors de cette intrigue (2), on profita de l’occasion pour l’éloigner une bonne fois, et une lettre, datée du 7 avril, lui intima l’ordre de se rendre, par les voies les plus rapides, à Avignon, c’est-àdire en exil. Son frère et son beau-frère recevaient le même com-
(1) Tout cet incident relatif à Barbin eut une grande importance dans la politique du temps. C'est Arnauld d’Andilly qui paraît l'avoir connu avec le plus de détails. Il rédigea même, à ce sujet, un mémoire spécial que je n'ai pas retrouvé. Voir son Journal sous la date du 18 mars 1618 (p. 358). — Cfr. Mémoires de RicueLteu (t. I, p. 183-185). — Mercure françois.— BEenrivogLio (t. Il, p. 316 et 543). — Le jugement de condamnation de Barbin et des autres est aux Affaires Étrangères, vol. 772 (f° 16).
(2) Il écrivait au duc de Montbazon, le beau-père de Luynes: « On n’a dit qu'on publie que je donne des conseils à la Reine. Elle à daigné quelquefois m'honorer de ses lettres; je sais trop bien quel est mon devoir pour avoir manqué de lui écrire; mes lettres consistent en actions de grâces de l'honneur qu'il lui plaît me faire. Il y a grande différence des affaires d’une maison particulière et de celles d’un État. » Correspondance (t. I, p. 562).
mandement. « Je ne fus pas surpris, à la réception de cette dépèche, écrit-il, ayant toujours attendu, de la lâcheté de ceux qui gouvernaient, toute sorte d’injuste, barbare et déraisonnable traitement. » Il ajoute qu'il se conforma, sans le moindre délai, à l’ordre du Roi.
La lettre lui était arrivée, selon la remarque qu'il en fait luimème, en un temps de pénitence : le mercredi saint. Il partit pour Avignon, le vendredi saint, sans même prendre le temps de célébrer la messe de Pâques dans son Église cathédrale, et sans attendre, après le jour de deuil, le jour que l'Église consacre au triompheet à la résurrection (1).
(1) Correspondance (t. TI, p. 568). — Remarquer la différence de ton entre sa réponse
au Roi et le récit des Mémoires. — Cfr. Journal d'ARNAULD (p. 358, 366) et Mémoires de DÉAGENT.