ÉTUDES ET LECTURES
rience, que les orages passent, que la vérité se connoit et que mon innocence ne peut rien avoir de commun avec le crime des autres, — au cas qu'il y en ait (1). »
Si c'est un soulagement pour une âme ardente et passionnée d'écrire le Caput apologeticum, c’est une sagesse et une philosophie supérieure de le laisser dans le tiroir où s'entassent et se fanent les papiers fragiles, confidents des pensées secrètes et des souffrances intimes, jusqu'au jour où quelque rencontre séculaire le mettra sous les yeux d’un curieux, qui cherchait un héros et qui s'étonne de trouver un homme, :
Le goût que l’évèque avait montré pour l'étude s'affirme à Avignon. Il demande toujours des livres. IL veut réfuter les divers ministres qui ont répondu à son ouvrage. Il met la dernière main à une autre œuvre, esquissée au temps de sa jeunesse, lors de son premier séjour à Lucon, Instruction du Chrétien (2). Loin de son diocèse, il fait œuvre épiscopale. Il surveille l'installation, à Lucon, d’un hospice de Capucins. Il est en correspondance avec son grand vicaire, Flavigny. Il est en relation d’études et peutètre de prières avec un saint homme, le frère Jean Marie, carme déchaussé, originaire de Fribourg, qui est de séjour à Avignon et qui lui prédit un prompt retour de la fortune et la plus brillante destinée. Il fréquente le vice-légat du pape, Bagni, et se lie d’amitié avec lui; 1l est si souvent au couvent des Minimes qu'on désigne encore la chambre qu’il aurait occupée. Il n’a que peu de relations dans le monde. Sa vie est édifiante et exemplaire.
Il est plongé dans l'étude et le silence. Sa mission spirituelle ne l’absorbe pas tout entier; dans ce long recueillement, il y a place pour des réflexions d’un autre ordre. L'homme politique ne se manifeste plus au dehors, mais il n’a nullement renoncé. Il est replié sur lui-même; il médite.
A considérer l’ensemble de la carrière de l'homme d’État, on s'aperçoit qu'à une heure donnée, une révolution profonde s’est accomplie dans ses idées et dans ses desseins. Au début, sa politique,
(1) Correspondance (t. TI, p. 572.) (2) Correspondance (t. VII, p. 424, — t. VIII, p. 186).