ÉTUDES ET LECTURES DE RICHELIEU
subissant l'exemple et l'entrainement de la coterie où il vit, inclinait plutôt vers le système et le parti qui l'avaient emporté sous la régence de Marie de Médicis, c’est-à-dire Le parti catholique et espagnol. Il était dans ces vues lorsqu'il prononcçait son discours, aux États de 161%. Pendant son court ministère, si les « Instructions à Schomberg » marquent une certaine tendance à chercher un point d'appui du côté des protestants d'Allemagne et à reprendre la tradition du roi Henri, les engagements du maréchal d’Ancre, ceux de Marie de Médicis et sa propre situation épiscopale l’arrètent et l’attachent encore à un parti auquel il n’a pas dit franchement adieu et qui croit encore pouvoir compter sur lui. Sitôt quil reparaitra sur la scène politique, la transformation sera complète. Dès 1622, il conseillera franchement au Roi de marier Madame en Angleterre, de secourir Mansfeld, en un mot de soutenir, dans le grand duel qui divise l’Europe, les adversaires de l'Espagne, dégagés par suite de tout lien politique avec Rome.
À quel moment cette évolution s’est-elle produite? Il est difficile de préciser; mais on trouve des indices d'un travail actif de ce puissant esprit pendant ce séjour à Avignon, et parmi ces études profondes auxquelles, d’après ses historiens, il eut tout le loisir de se consacrer.
On a dit qu'il s'était adonné, alors, à la lecture des Négociations du président Jeannin. Elles n'avaient pas encore été publiées. Il les lisait donc en manuscrit. C'était une moelle succulente que cette lecture, et elle suffirait à expliquer le retour vers la politique traditionnelle de Henri IV. Richelieu lisait aussi les lettres du cardinal d’Ossat, et 1l y recueillait la même tradition {1}. Un passage du Caput apologeticum est plus net encore : « De m'accuser, moi et mes compagnons (c'est-à-dire les autres ministres), d'être Espagnols, parce que nous avons ménagé l'intelligence (c’est-àdire l'entente cordiale existant entre les deux cours), comment le peut-on, sans convaincre ceux qui en ont fait et conseillé l’alliance (il s’agit de Villeroy), et qui, aux oppositions des princes contre ce
(1) Sur les lectures de Richelieu, voir Maximes el fragments inodilts du cardinal de Richelieu, dans les Mélanges de la Collection des Documents inédits de l'Histoire de France (p. 718). — Cfr. Correspondance (t. 1, p. 711).