‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 226 sur 479 · ABATTEMENT DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

ABATTEMENT DE RICHELIEU

reille.. Si M. de Luçon se füt contenté de faire simplement le bon évêque en son diocèse, il n’en serait pas en ces termes que l'on a évités un fort long temps, bien qu'il y eût occasion suffisante et connue de ce faire. Mais ce sont esprits qui s'emportent bien loin au delà du devoir et très dangereux en un désordre public. » Ce médiocre Puisieux tapait ferme. Si ces propos revinrent, comme il est probable, aux oreilles de l’évêque de Lucon, ils durent lui être bien pénibles et ajouter encore à la mélancolie qui le rongeait. Quant au pape, il se le tint pour dit, et garda chez lui l'hôte encombrant qu'on lui avait envoyé sans le consulter (1).

Laissé ainsisans défense aux mains de ses adversaires, l’évêque passe les six derniers mois de l’année 1618 dans des alternatives de résignation et d’abattement. De grands malheurs privés surviennent et affligent la pauvre colonie désemparée, Dans la précipitation du départ, le marquis avait dû laisser à Richelieu sa jeune femme, Marguerite Guiot des Charmeaux, qui était enceinte. Seule dans ce château où elle n'avait plus les bons soins de sa belle-mère, M°° de Richelieu, morte avant elle, la marquise de Richelieu, en proie à toutes les appréhensions de son état et à toutes Les douleurs de la séparation, accoucha, le 14 octobre 1618, d’un fils qui fut baptisé par le curé de Braye. Mais elle mourut le lendemain, 15 octobre.

Cette triste nouvelle fut un coup terrible pour les exilés. On se retourna encore vers la cour. L'évèque demande grâce, sinon pour lui, du moins pour ses frères; le marquis sollicite l'autorisation de se rendre à Paris et, de là, en Touraine. « Pour comble de malheur Dieu a voulu prendre ma femme et me laisser un fils privé par sa mort et mon éloignement de toute sorte de secours. » La permission de quitter Avignon lui fut accordée, ainsi qu'à son beau-frère, Pontcourlay. Mais avant de partir, 1l devait apprendre encore la perte de son jeune fils, mort sept semaines après la mère, le 15 décembre 1618 (2).

(1) Sur tout l'incident, voir Recueil d'AuBery (t. I, p. 47).

(2) Correspondance (t. VII, p. 423). — Sur les décès successifs de Ja marquise de Richelieu et de son fils, voir les registres de ia paroisse de Braye que j'ai cités dans mon

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