TESTAMENT DE RICHELIEU
Ces coups répétés, la solitude absolue qui suivait le départ de ses frères, précipitèrent l'évêque dans une profonde tristesse. Tandis qu’il faitencore bonne figure en public, seul avec lui-même, il désespère. L'idée de la mort l’obsède.
Le 8 février 1619, comme s’il sentait sa fin prochaine, il écrit son testament, sous la forme d’une lettre aux membres du chapitre de Luçon : « Messieurs, nul ne sachant quel doit être le cours de la vie, et ne pouvant prévoir, en mon particulier, comme 1l plaira à Dieu disposer de moi, le désir que j'ai de ne pas quitter ce monde sans vous laisser des témoignages de mon affection me fait dresser ce peu de lignes pour vous être mises ès mains, en cas que je sois privé du bonheur de me trouver moi-même parmi vous devant que de passer de cette vie dans une autre meïlleure... » Suivent alors des dispositions plus précises. Il laisse son corps à son église de Lucon, désigne le lieu de sa sépulture, immédiatement au-dessus du pupitre des chantres, « désirant que le plus haut du chœur, comme plus honorable, soit conservé pour mes successeurs ». Il laisse à l’église son argenterie, ses ornements, ses trois tentes de tapisserie de Flandre, et, regrettant de ne pouvoir faire davantage, il ajoute : « Le premier bien que je vous souhaite est de vivre tous avec le plus de connoissance qu'il vous sera possible de votre condition, vous remettant sous les yeux que le monde n’est que tromperie et qu’ul n’y a contentement ni profit qu'à servir Dieu qui ne manque point à ceux qui le servent. — Je vous désire ensuite un évêque qui, m'égalant en affection, me passe en toutes autres qualités; je le conjure, quiconque il soit, de résider avec vous, visiter son diocèse, échauffer, par son exemple et son instruction, ceux qui, sous lui, ont charge d’âmes. » Ce sont là de bien tristes retours sur sa propre existence, si agitée, si éparpillée, et si vide jusqu'ici !
Il termine, en léguant au séminaire qu’il vient de fonder une somme de mille livres et sa bibliothèque tout entière, « pour donner plus d'occasion à des gens de mérite de s’y arrêter (1) ».
Cette disposition en faveur du séminaire avait été complétée, d’a-
(1) Sur ce singulier document qu'on peut considérer comme une sorte de « Testament spirituel », v. Correspondance (1. VIT, p. 424).