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LES NÉGOCIATEURS

d'Uzerche, sur le chemin d'Angoulême (1). D'Épernon n'avait pas cru à tant de décision; il n'avait rien préparé. IL était abandonné par tous ceux des Grands sur lesquels il comptait. Les protestants ne bougeaient pas. Du Nord et de l'Est, on recevait de mauvaises nouvelles : Boulogne, défendu par un lieutenant de d'Épernon, avait capitulé. Metz était menacé.

Depuis plusieurs semaines déjà, — depuis le 10 mars, -— les deux commissaires envoyés par le Roi pour traiter avec la Reine, Béthune et Bérulle, étaient arrivés à Angoulême (2). Philippe de Béthune, frère du Sully de Henri IV, était un homme de sens, d’une capacité médiocre, mais sûre; le Père de Bérulle, dont nous rencontrerons désormais le nom joint à celui de Marie de Médicis et de Richelieu, est célèbre, en qualité de fondateur de l'Oratoire. IL avait une réputation de piété. C'était un prêtre à la figure ronde, aux yeux vifs, dont le charme insinuant et fleuri exerçait une réelle action sur les âmes pieuses, sur les femmes; par une activité extraordinaire, 1l suffisait aux tâches multiples dont 1l se chargeait volontiers. On eüt dit que, dans la retraite, il s’ennuyait parfois du monde; il est vrai que, dans le monde, il songeait sans cesse à la retraite. Sans être un grand négociateur, il négocia toute sa vie, et sans être un intrigant, il fut mêlé à bien des intrigues. En somme, il devait s’agiter beaucoup, faire beaucoup de choses et même beaucoup de bien (3).

Ces deux hommes, le diplomate et le Père, paraissaient aptes à tirer la reine-mère de son obstination. L'un était la douceur et l'autre la patience même. Cependant, jusqu’à l’arrivée de l’é-

(1) Voir les lettres très vigoureuses de Schomberg dans le volume si important pour ces événements, intitulé Négociation commencée au mois de mars 1619 avec la reine Marie de Médicis par Monsieur le Comte de Béthune, Paris, 1672, in-f° (p. 120 et suiv.).

(2) 11 faut suivre ces événements dans la correspondance de Benrivoczio, dans le volume des Négociations de M. de Béthune, dans les Mémoires de Ricueuegu et dans une lettre importante de l'ambassadeur à Rome, Marquemont, qui rapporte un entretien avec le Pape. Recueil d'Aurery (t. I, p. 56). |

(3) Voir la publication très sérieusement documentée de l’abbé Houssaye sur le Cardinal de Bérulle. La tendance hagiographique est peut-être un peu trop marquée. Voir notamment Bérulle et l’Oraloire (Plon, 1874, in-8°), chapitre huitième.

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