NÉGOCIATIONS D’ANGOULÈME
vêque de Luçon, ils n'avaient pu rien obtenir. La reine se perdait en récriminations infinies et dissimulait, sous ses plaintes, des calculs qu’elle n'osait dévoiler (1). D'ailleurs, la coterie de Ruccellai la retenait.
Dès que Richelieu fut arrivé, les choses changèrent (2). La Cour, fatiguée des lenteurs de la négociation, ne demandait qu’à finir. Le Père de Bérulle faisait la navette entre Paris et Angoulème. Il suppliait qu’on allàt au-devant des désirs de la reine mère. En signe de bonne volonté, on résolut d’adjoindre aux deux négociateurs un personnage ecclésiastique plus important encore, le cardinal de la Rochefoucauld. Il quitta Paris vers le 10 avril, et vint renforcer de son intervention onctueuse l’autorité du comte de Béthune et du Père de Bérulle. IL était muni d'instructions très conciliantes (3). Le 19, il était à Angoulème.
La Rochefoucauld et Bérulle savaient qu'ils n'avaient qu’un appui et un espoir, l’évêque de Lucçon. Ils se confiaient en lui, lui disaient tout, lui montraient leurs pouvoirs. Il jouait les deux jeux à la fois et conduisait lentement la partie au point où il croyait devoir la gagner. Il maniait l'esprit de la reine, l’arrachait à l'influence de Ruccellai, l’entretenait dans la crainte des troupes royales en marche et du vigoureux Schomberg : il tirait grand parti d’une entreprise dirigée contre la poudrière du château d’Angoulème.
Marie de Médicis, pressée, décontenancée, alarmée, dut céder. Elle comprit qu'elle agirait habilement en prenant au mot les envoyés du Roi qui, de leur côté, avaient été au bout de leurs instructions et qui même les avaient dépassées. Le Père de Bérulle avait fait, une fois de plus, le voyage de Paris. Il rentra à Angoulême, le # mai, juste à temps pour assister à un revirement complet de la reine qui, soudain, accepta toutes les
(1) Voir la lettre que Marie de Médicis adresse à Luynes par l'intermédiaire de Bérulle. Elle dit « qu’elie oublie de bon cœur ce qui s’est passé... » mais elle lui rappelle immédiatement « qu'elle n'a pas nui aux commencements de sa fortune... » (Correspondance, t. VII, p. 929).
(2) Négociations (p. 117). Voir aussi la lettre de Béthune (p. 184).
(3) Négociations (p. 142-149).
RICHELIEU, — T, Il. 19