RICHELIEU L'EMPORTE
conditions de la Cour, annonça partout la paix, fit sonner les cloches et chanter le Te Deum (1).
C'était un succès pour l’évêque de Luçon (2). La Cour ellemème fut prise au dépourvu par l’assentiment soudain de la reine mère. Sous la pression du Père de Bérulle, on s'était laissé entrainer, de concession en concession, à accorder à la reine des avantages qui, dans le passé, justifiaient à la fois sa conduite et celle du due d'Épernon et qui, dans le présent, lui assuraient tout le bénéfice moral et le prestige de la conclusion de la paix.
Richelieu sortaitde cette négociation singulièrement grandi. Dans des circonstances graves, 1l était apparu comme l’homme nécessaire. La Cour et l'opinion, avec la promptitude et la mobilité d'impression qui agitent sans cessele monde politique, s’engouèrent tout à coup du mérite que les habiles seuls avaient discerné jusquelà. Le concert de la louange et de l’admiration s'élève soudain, autour de lui, avec une unanimité qui entraine jusqu’à ses adversaires. Dès lors, la supériorité de l'intelligence chez cet homme est reconnue et proclamée par tous.
C'est Bentivoglio — qui, certes, n'est pas suspect — écrivant
au cardinal Borghèse : « Vous connaissez les éminentes quaités de l’évêque de Luçon et, dans cet accommodement, vous ne pouvez croire quelle louange il a méritée. » C’est l'abbé de La Cochère qui, bientôt, écrira de Rome : « Cet évêque, la fleur de nos amis, est, sans controverse, tenu ici pour le plus accompli et le plus digne prélat de France. » C'est l’autre nonce, l'archevêque de Tarse, écrivant à son tour : /e ottime qualité di ler.
De partout, on se tourne vers lui, et sa correspondance s’en-
(1) Voir l'original des déclarations des commissaires du Roi, qui constituent « l’arrangement entre le Roi et la Reine sa mère à Angoulême, » signé BÉTHUNE et La RocarroucauLD, Arch. des Affaires Étrangères, vol. 772, fo 89. Il est daté du 12 mai. Voir aussi, fo 264, le «Traité d'Angoulême entre le Roi et la reine mère ».
(2) Contrairement à l'opinion de Cousin. Voir, notamment, le passage si formel de FonrENAY-MAREUIL qui fait un grand éloge de l'habileté de Richelieu pendant le séjour à Avignon et sur les mesures qu'il prit pour en sortir : « Luynes qui n’avoit non plus que les autres, la vue trop longue, tomba dans le piège. » Mémoires (p 138 — Voir aussi LEVASsoR (t. 11, p. 117).