‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 249 sur 479 · RICHELIEU L'EMPORTE. DE · texte numérisé non relu

RICHELIEU L'EMPORTE. DE

richit des signatures les plus illustres. Le prince de Condé s’adresse à cet évêque d'un évêché crotté « pour le remercier des services qu'il lui rend près de la Reine »; le due d’Épernon, ce glorieux, prend la plume lui-même pour lui écrire des compliments parfaits et pour lui demander de rendre compte de son dévouement à la reine; l'archevèque de Toulouse, fils du duc d'Épernon, pose, dans une correspondance active, les premiers jalons d’une amitié et d’un dévouement qui ne cesseront qu'avec la vie; puis, c’est ce vieux et rogue duc de Sully, l’ancien ministre de Henri IV, qui, confit dans l’aigreur de la disgrâce, envisage comme une heureuse fortune, le projet d'une alliance entre sa famille et celle de Richelieu, — de si petites gens, pourtant (1).

Bientôt, Richelieu verra se retourner vers lui ceux qui, un instant, ont osé se déclarer ses adversaires. Et de quel ton fier et assuré il les recoit! A Hurault de Cheverny, évêque de Chartres, premier aumômier de la reine, qui n'avait pas su prendre parti à l'heure de la disgrâce, il éerit : « J'ai fait savoir à la Reine le désir que vous avez de revenir auprès d’elle... On vous a prêté des charités. Vous savez trop le cours du monde pour ignorer combien on m'a voulu rendre de mauvais offices, tant auprès du Roi qu’auprès de la Reine sa mère... Cependant j'aurai à faveur de rencontrer les occasions de vous pouvoir témoigner par les effets que je suis votre très humble confrère et serviteur. » C’est sec; et Cheverny se résigne à laisser la place de grand aumônier à l’ami de cœur de Richelieu, Bouthillier La Cochère (2).

Voici l'évêque de Béziers, Bonzi, le malencontreux ami de Ruccellai et de Tantucci, qui fait, à son tour, amende honorable. Comme les autres, il part, 1l quitte une cour où il n’a plus que faire, « résolu de se détacher detout ce qui peut, tant soit peu,

(1) Sur l'opinion des contemporains, voir BENTIVOGLIO dans Correspondance (t. VII, p. 187); l'archevêque de Tarse, dans Correspondance (t. VIL, p. 453). — FONTENAY- MarEUIL, Mémoires. — La lettre du Prince de Condé dans Affaires Étrangères (vol) 772, f° 102); — celle du duc d’Épernon dans les Archives de la famille de Richelieu : Papiers du Cardinal (t. T, p. 77). — Sur les relations avec Sully, voir Correspondance (1. 1, p. 625, 647).

(2) Correspondancet(t. I, p. 617, 637).

ou aigrir le repos de son esprit ou troubler l'exercice desa charge ». Mais, avant de partir, il bat sa coulpe aux pieds de son rival : « Puisque Dieu m'en a fait naître l’occasion, je l’embrasse de tout mon cœur, vous protestant que je ne retiens du passé que ce que j'ai eu de pures résolutions à votre service, et que je vous honorerai toujours à l’égal de votre qualité et, pour dire tout en peu de mots, à l’égal de votre mérite (1). »

Pourquoi ces concours, ces protestations, cette génuflexion universelle? C’est que tout le monde sent maintenant, ou plutôt voit que l’avenir est à ce jeune homme, que, quels que soient les espaces et les délais qui le séparent du but, il est, dans toute la force du terme, — cinq ans avant de rentrer au ministère, — le soleil levant; c’est qu'on découvre clairement en lui la résolution arrêtée d'arriver au pouvoir et la capacité d’y parvenir : « Déjà, dit Fontenay-Mareuil, on soupconnoit qu'il vouloit gouverner et qu'on n’auroit point de repos que cela ne füt. »

Et voilà l'intérêt de la lutte déclarée quil soutient désormais contre Luynes :il s’agit du pouvoir. L'un a pour lui la faveur du Roi, la cour, les emplois, les pensions, les gouvernements et ce qu'il reste d'armée dans la France de Henri IV; l’autre n’a guère d'appui que la confiance de la reine mère; car tout ce qui environne celle-e1 lui est ennemi ou suspect. Il doit donc s’employer uniquement à conserver, à fortifier et à manier, avec une habileté suprème, l'instrument qu'il a en main. Autour de la Reine, de rares amis seulement lui sont dévoués : le marquis de Riche- Heu son frère, la marquise de Guercheville, Bouthillier La Cochère et, dans l'ombre, le Père Joseph et quelques prêtres; ül va s'efforcer de consolider ce petit groupe, de le grossir et, en éliminant ses adversaires, de les remplacer par sa famille et ses amis.

La reine est brusque, fantasque, à la fois irrésolue et violente : 1l assure à sa conduite plus de tenue et une suite qui lui manque naturellement. Les autres éléments hostiles ou hési-

(1) Affaires Étrangères (vol. 772, fo 129).

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