LA REINE REÇOIT ANGERS
modement de toutes les affaires ». Il s’agit évidemment de Richelieu.
Celui-ci avait un double intérêt à voir se conclure une négociation qui devait constituer à la reine une sorte de domaine indépendant, à distance respectable de la Cour, et, le cas échéant, un point d'appui pour résister par la force. Il savait, en effet, d'ores et déjà, ayant pris possession de l'esprit de Ia reine, que lui et les siens seraient les détenteurs de ce domaine et qu'on les visait, quand on parlait, dans les instructions de La Rochefoucauld, « des personnes auxquelles Sa Majesté la Reine devait en confier la garde ». IL avait la promesse formelle de Marie de Médicis, et c’est par là que se manifestaient les premiers résultats de ce travail de captation dont l’évêque enveloppait la reine mère (1).
Richelieu était mème si sûr de son affaire, que lui et son frère — avant de faire signer par la reine le traité d’Angoulème — avaient cru devoir délibérer sur la question de savoir si l'on ne pourrait pas obtenir de la Cour une place plus forte et plus avantageusement située que. celle d'Angers, même avec le complément des Ponts-de-Cé et de Chinon. Dans un mémoire présenté à la reine et très longuement déduit. les deux frères ne cachaient pas leur préférence pour Nantes. Ils reconnaissaient les mérites de l’Anjou, à ne considérer que la beauté du site, l’agrément du climat, la force du château; ils ajoutaient même une considération qui leur était propre : « Étant Angevins et ayant Angers, ce serait commander en notre pays et en avoir la plus belle et principale charge. » Mais, malgré ce motif de convenance personnelle, ils insistaient auprès de la reine sur l'avantage d’un port de mer riche et peuplé comme Nantes, surtout si l’on obtenait de la cour un autre passage sur la Loire, Amboise, par exemple. À cette double demande, on voit se révéler l’esquisse d'un plan Stratégique qui consiste à maintenir la communication entre
(1) Sur toutes ces suiles un peu embrouillées du traité d'Angoulème voir, les originaux de la Correspondance échangée entre le Roi, la Reine, Luynes et Richelieu dans Affaires Etrangéres (vol. 772, f* 186-200-208 etc.). — Cfr. Correspondance (t. VIT, p. 462).