‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 255 sur 479 · LE DUEL AVEC THÉMINES · texte numérisé non relu

LE DUEL AVEC THÉMINES

avait de l'avenir dans l'esprit et dans la conduite. Par une circonstance rare et singulière, les deux carrières, celle du soldat et celle de l’évêque, se complétaient et se confondaient, et maintenant, autour de la reine, la famille occupait toutes les avenues.

Naturellement, la faveur dont le marquis venait de recevoir une marque si haute n'avait pas été sans exciter des jalousies et des mécontentements. La coterie battue par les Richelieu ne se résignait pas facilement. À cette époque, les parties s’engageaient à fond et chacun, comme enjeu, mettait au besoin sa vie :iln y a guère d'intrigue qui n'ait fait couler du sang. Thémines, fils de celui qui avait donné à la reine mère une si grande preuve de dévouement en arrêtant le prince de Condé, Thémines convoitait le gouvernement d'Angers. Vivement déeu par le choix de Richelieu, il s’exprima vertement sur le compte de « ces gouverneurs improvisés » : son langage eût été autre s'il eût profité de l'improvisation.

Le propos revint aux oreilles du marquis. Deux ou trois projets de rencontre n’aboutirent pas. L'affaire fut, un moment, arrangée par l'intervention personnelle de la reine mère. Mais les deux hommes se cherchaient. Le 8 juillet, un lundi, ils se retrouvèrent, à demi fortuitement, près de la citadelle. Ils m1rent pied à terre. Au premier engagement, Richelieu blessa son adversaire. Mais celui-ci, qui n’avait qu’une épée courte, se baïssa, passa sous la lame du marquis de Richelieu et le frappa en plein cœur. Le marquis ne put dire que quelques mots : « Mon Dieu, pardonnez-moi! » Le Père de Bérulle qui, de hasard, passait par là, arriva à temps, dit-on, pour lui donner l’absolution. Cette mort fut une émotion dans la petite cour et, de Paris même, le Roi écrivit à sa mère une lettre de condoléances au sujet d’une pareille perte (1). |

Mais, pour l’évêque de Lucon, ce fut une catastrophe, qui lui

(1) Voir Mémoires de RICHELIEU (L. 1, p. 200); — FontENAy-MaREUIL (p. 139). Le récit complet est dans le Journal d'ArNAuLD qui date le duel du « jeudi 4 juillet» {p. 435). —

Cfr. cependant le récit de l'abbé Houssaye qui donne la date du 8 juillet, Bérulle et l’Oratoire (p. 290). — V. aussi Correspondance (t.1, p.600 et t. VIII, p. 19). — Vie du

duc d'Épernon (t. III, p. 200).

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