EMBARRAS D'ARGENT
regret de ce frère enlevé à la fleur de l'âge. Il pensait aussi à tant de familles françaises, frappées alors et décapitées par cette manie sanglante des duels. Puisque la noblesse n'était pas assez sage pour réformer elle-même l’abus qui la décimait, il se promettait, il se jurait d'y mettre un terme, l'heure venue, par l'intervention de l’État.
La mort du marquis de Richelieu jetait, en même temps, l’évêque de Lucon dans l'embarras d'une fortune particulière très compromise. Il paraît s'être trouvé, à ce point de vue, dans une passe des plus pénibles. Pour vivre, il s'était fait avancer, par ses fermiers, plusieurs années du revenu de lévêché de Luçon. Son frère mourait pauvre, ou, plus exactement, couvert de dettes et réduit aux expédients, disposant, en outre, par un testament irréfléch1, de ressources qu'il ne laissait pas dans sa succession. Nous avons vu, par le testament d'Avignon, que l’évêque n'avait pas les mêmes illusions ; s'il n’était pas plus riche que son frère, du moins il connaissait sa misère.
Aprèsla mort du marquis, ildut,avec son esprit précis et pas s'appliquer au règlement d’une situation qui, remontant probablement à son père, menaçait de s’invétérer parmi les siens. Comment il s'en tira, comment il fit casser le testament de son frère, comment 1l désintéressa, apaisa ou découragea les créanciers, c’est un point sur lequel ses ennemis insistent dans des termes fort dé-
plaisants pour lui. Il dut souffrir beaucoup, à cette époque, du manque d'argent. C'est à partir de cette date que, les circons-. tances aidant, 1l jeta les premiers fondements de l'immense fortune qu'il devait amasser rapidement dans les affaires publiques (1). |
Une fois sa résolution prise de ne pas se laisser accabler par ce coup, 1l n en mit que plus d'énergie et de vigueur au service de son ambition. Il avait besoin d’un homme sûr : à défaut de son frère, 1l le chercha dans la personne de son oncle, le commandeur
(1) Sur les embarras d'argent de Richelieu à l’époque de la mort de son frère, voir Mathieu ne MorGuEs, Diverses pièces (p. 73-81). — Cfr. une note lue par M. Boissonnade au Congrès des sociétés savantes et insérée dans le Bulletin du Comité des tra-
vaux historiques (Histoire, année 1894, p. 182) — et surtout la lettre signée « Adumeau » quiestaux Affaires Étrangères (vol. 772, fo 105).