‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 258 sur 479 · RICHELIEU MAITRE DE LA REINE · texte numérisé non relu

RICHELIEU MAITRE DE LA REINE

de La Porte, qui ne le quittera plus désormais. Ce fut cet oncle que la reine Marie de Médicis nomma immédiatement gouverneur d'Angers (1). On désigna pour le gouvernement des Ponts-de- Céun homme dévoué aux Richelieu, Bettancourt, et celui de Chinon servit à satisfaire quelque peu la cabale adverse : on y mit Chanteloube, que l'évèque croyait peut-être gagner par cette générosité. D'autre part, le marquis de Thémines ayant quitté la petite cour où il ne pouvait plus vivre, la reine confia la charge de capitaine de ses gardes au marquis de Brézé, beau-frère de l’évêque de Lucon, moyennant 30000 écus que celui-ci paya au précédent titulaire. Ainsi, malgré la disparition du marquis, la reine reste entourée de toutes parts. Richelieu veut, avant tout, la garder sous sa main.

Si l’on essaye de découvrir le fond des pensées de l’évèque, au lendemain de la conclusion du traité d’Angoulème et de l’accord relatif aux places de sûreté, on le trouve dans les instructions confidentielles, et j'allais dire familières, qu'il donne à son oncle La Porte, au moment où celui-ci se rend à la cour pour prèter serment en qualité de gouverneur d'Angers. On savait le bon oncle un peu bavard et de libre propos. On s'applique surtout à brider sa langue et, par ces précautions, on se découvre soi-même sans y songer : « Monsieur le Commandeur dira à Sa Majesté, comme la Reine a commandé de lui baïser les mains de sa part, l'assurer de son affection et de son service, avec toutes les belles paroles qu'il pourra, en peu de mots... Sur quelque chose qu'on puisse lui demander, j'estime que le meilleur est de répondre peu... Si on lui demande ce qu'il estime touchant le voyage de la Reine à la Cour, savoir si elle n’y doit pas aller, il répondra, en général, que tous les gens de bien l'y désirent. Si on l’enquiert pour savoir ce qu'estime l’évêque de Luçon sur ce sujet, 1l dira que c'est le lieu où la Reine doit étre, mais que c’est un conseil qui doit venir d'elle. Si on l'enquiert plus outre de ce qu’il estime qu'il

(1) Voir les « Brevets » sur parchemin nommant le commandeur de La Porte à la Capitainerie d'Angers, Chanteloube à celle de Chinon, et Bettancourt à celle des Ponts-de- Ce, dans Archives des Affaires Etrangères (vol. 772, f° 104 et suiv.). — Le brevet du

commandeur de La Porte est daté du 2 juillet, c'est-à-dire qu'il est antérieur à la mort du marquis. On aura antidaté l'acte pour éviter toute interruption.

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