RUCCELLAI QUITTE LA REINE
en est, il dira les choses qu'il sait bien : que la Reine aime et honore le Roi et veut le repos et la paix. — « Du reste, vous savez « bien que je suis bourgeois qui ne me soucie pas de grandes « nouvelles »... Partout, s’il me croit, le Commandeur doit parler peu et brider sa liberté (1). » |
De ces réponses générales et évasives, dictées à un homme qui était plutôt porté à la franchise, 1l ressort nettement que Richelieu continuait à jouer double jeu et que, malgré l'obtention des places de sureté, il n’était pas encore satisfait.
Que voulait-il donc de la cour, au moment même où il lui donnait de nouveaux gages, où il lui rendait de nouveaux services? Car c'est justement l'heure où, sous son influence, la reine mère se débarrassait définitivement des chefs de la cabale intransigeante. En effet, à la nouvelle de la conclusion définitive, Ruccellai, qui, la veille de l’accord, détenait ou croyait détenir encore le secret de la reine, mit, lui-même, un terme à ses propres lenteurs. Après avoir imaginé mille moyens plus extravagants les uns que les autres pour essayer de reprendre quelque autorité sur la femme qu'il avait tirée d’embarras et qu'il croyait aimer, le malheureux, se voyant repoussé par une volonté désormais inflexible, ne se sentit plus d’autre courage que celui de la fuite. Perdu de douleur et de dépit, 1l ne sut ni préparer sa retraite n1 la vendre, la faire ni honorable n1 profitable. Il posa des conditions qu’on n'accepta pas et n'accepta pas à temps les offres qu'on lui fit. Il partit, et cet « esprit désespéré », par une troisième trahison, — que peut-être son désespoir explique, — alla droit à la cour offrir brutalement ses services contre celle qu'il avait si bien servie. Son adversaire dit négligemment : « Sa retraite, qui avait
été précédée de celle du marquis de Mosny,.… fut suivie de
quelques autres personnes de peu de considération (2). » Donc Richelieu restait le maître de la place contre ceux qui
(1) Voir le texte des Instructions au commandeur de La Porte, dans Correspondance (t. VIF, p. 463).
(2) Voir Mémoires de RICHELIEU (t. I, p. 198). — Ruccellai ne quitta la reine qu’en juillet. Houssaye, Bérulle (p. 289). — Ilarriva à la Cour le 11 juillet: Journal d'Ar-
NAULD. — Sur la lutte d'influence entre Richelieu et Ruccellai, voir la lettre de Marie
de Médicis dictée par l'évêque, dans Affaires Étrangères (vol. 772, f° 193).