‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 260 sur 479 · LUYNES JOUE AU PLUS FIN · texte numérisé non relu

LUYNES JOUE AU PLUS FIN

avaient poussé la Reine à la rupture. Ef maintenant, il ne se pressait nullement d'achever la réconciliation et de la rendre manifeste par l’entrevue du Roï et de la reine mère.

Luynes désirait vivement cette rencontre publique, tandis que Richelieu, libre à présent de choisir l'heure, entendait faire payer à son prix cette nouvelle concession. La lutte se précise entre le favori et l’évêque. Si l’on en croit leur correspondance, jamais ils nese sont approchés de plus près. Mais c’est quand on s'approche qu'on se heurte. Tout, entre eux, est politesse, empressement, patte de velours ; on sent la griffe : « N'ayant jamais rien désiré avec tant de passion, écrit l’évèque, que de voir une étroite intelligence entre le Roi etla Reine sa mère, il m'est impossible de vous exprimer la joie que j'ai de voir qu’elle s’avance tous les jours, de telle sorte qu'on doive espérer de la voir bientôt à sa perfection. La Reine esttellement portée par son inclination à voir le Roi qu’iln’est . pas besoin d'aucune persuasion envers elle... Je vous supplie de croire que, de mon côté, je ne manque jamais de rendre au Roi el à l État ce à quoi je suis obligé par mon honneur et ma conscience, les plus forts liens qui soient au monde. » Ces paroles, à la fois réservées et vigoureuses, indiquent à quel point notre homme se sait bre de toute contrainte (1).

Luynes, au contraire, est toujours inquiet. Il sent qu’un danger nouveau le presse. Tout en négociant avec la cour, l’évêque de Lucon noue artificieusement une entente secrète entre tous les ennemis du favori. Ce parti d'opposition dont Ruccellai avait pressenti la formation et la puissance, il est en train de le rendre possible, parce qu'il n’escompte pas son appui. Les protestants, le duc du Maine, les HUE et tant d'autres qui auraient vendu chèrement leur concours à la reine mère, si elle l'eût sollicité, viennent vers elle, maintenant qu'ils craignent qu’elle ne leur manque. Fontenay-Mareuil dit, en propres termes, que cette attitude est due aux conseils de Richelieu. En tout cas, quel avantage, pour lui, d'aborder la cour, ayant en main une pareille force, ou, du moins, sur les lèvres une pareille menace!

(1) Correspondance (t. VIT, p. 466). — Cfr., sur tous ces points, la discussion intéressante entre M. Cousin et M. Avenel, Correspondance (t. VII, p. 444).

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