‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 261 sur 479 · LE PRINCE DE CONDÉ · texte numérisé non relu

LE PRINCE DE CONDÉ

La cour voudrait montrer aux peuples la réconciliation du Roi

et de la reine comme un spectacle de concorde, füt-1l apparent et momentané, afin de l'opposer aux éléments de division et de désorganisation qu'elle sent s’agiter, de toutes parts, dans le royaume. Cette entrevue, Richelieu la retarde; mais il ne la refuse pas. De sorte que toutes les passions restent en éveil et tous les esprits en suspens. En un mot, plus l'opposition de la reine mère est sage et modérée, plus elle se fait redoutable; et plus la cour lui cède, plus elle doit lui céder. Certes, ce sont là des affaires conduites! Et Luynes, pris dans l’engrenage où 1l s'est engagé lui-même, doit s'apercevoir que les choses allaient tout autrement, quand il avait affaire à d'autres personnages.

Le favori éprouve le besoin de s'assurer du renfort. Or, il subsiste dans le royaume une influence qui a été et qui peut redevenir considérable, celle du prince de Condé. Pour le moment, l’homme est au repos sousles verrous du fort de Vincennes. La reine Marie de Médicis l'avait fait arrêter par Thémines, du temps du maréchal d’Ancre. Depuistrois ans, 1l était prisonnier. Long délai pour le premier prince du sang. Il ne manquait ni d'amis ni de partisans. Il faisait dire que la prison l’avait calmé et qu'il était plus raisonnable.

Peu à peu, sonrégime s’adoucit. La porte s’entr'ouvre : sa femme, Charlotte de Montmorency, oubliant tant de misères qu'il lui avait fait endurer, était près de lui et, captive volontaire, avait distrait sa solitude de l'espérance réitérée, et plusieurs fois déeue, d’un héritier du nom. Dès la fuite de Blois, Luynes s'était rendu compte que l'influence du premier prince du sang pouvait, le cas

échéant, être opposée à celle de la reine mère. Le Roi avait fait

rendre au prince son épée (16 avril 1619), en accompagnant cette décision gracieuse d’une lettre aimable. Vincennes devenait, pour le prince de Condé, une sorte de villégiature un peu rude. Il était très visité (1). | Luynes, cependant, ne se décidait pas. Le rappel des disgraciés

(1) La lettre par laquelle le Roi promet la liberté à M. le prince est du 8 avril; elle est au fonds Godefroy, Bibl. de l'Institut (t. CCLXVIIT, pièce 135).

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