POLITIQUE COMPLEXE DE RICHELIEU
ne lui réussissait guère. Une fois remis, ils oubliaient le bienfait et en revenaient à leurs penchants. Un homme du tempérament du prince du Condé n'était pas fait pour rester longtemps inactif à la Cour. D'ailleurs, le simple fait de sa réapparition suffisait pour refouler au second plan les vaniteuses prétentions du favori. Le prince jurait, bien entendu, qu'il était désormais son plus féal ami et serviteur. Aucune promesse verbale ou écrite ne lui coûtait. Il aurait voulu que Luynes épousât sa sœur, qui, heureusement pour le nom des Bourbons, mourut à temps. L’opinion, avec sa mobilité ordinaire, se retournait vers lui. Elle s’attendrissait sur sa longue détention, sur une grave maladie qu'on attribuait au séjour entre ces murailles sombres, sinon à un empoisonnement. On plaignait sa femme, dont les grossesses successives et malheureuses faisaient couler des larmes. Et puis, le va-etvient des choses est tel, qu’en ce temps-là, en France, on s’éloignait sans raison de certaines personnes, et qu’on se rapprochaït d'elles sans motif. Le prince de Condé profitait, pour le moment, d’une de ces sautes de vent.
Il lui vint bientôt un appui d'un côté où il ne l’attendait guère. Marie de Médicis, comprenant que l'heure de la délivrance approchait pour le prince, crut qu'il était de bonne guerre de ne pas laisser à Luynes tout le profit de la mesure. Dans le manifeste qu'elle avait publié en quittant Blois, elle avait fait amende honorable l'égard de Condé; elle avait rejeté l’odieux de l’arrestation sur le défunt maréchal d’Ancre : elle s'était plainte de la détention prolongée et avait demandé franchement la mise en liberté. On reconnait là « l’ingénieuse subtilité » de notre évêque. Luvynes était embarrassé. Prétendait-on lui forcer la main? Il fallait prendre un parti. Mais le rusé favori voulut du moins s'assurer, par une feinte, le bénéfice de la décision ultime. Sa résolution arrêtée, il attendit en se taisant.
L'évèque de Lucon avait épuisé à peu près tous les arguments dilatoires lui permettant de retarder l’entrevue du Roi et de la reine mère. Luynes le pressait, dans les termes les plus affectueux. Il envoyait près de Marie de Médicis ses propres parents, Montbazon et Rohan, avec mission de hâter les choses et de tout promettre
RICHELIEU. — T. Ji. 20