‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 263 sur 479 · FAUSSE DÉMARCHE · texte numérisé non relu

FAUSSE DÉMARCHE

au besoin. Ceux-ci mettent bravement leur signature au bas d'un document où ils se portent caution de la volonté du Roi d'exécuter ses engagements et d'accorder à la Reine toutes les satisfactions qu’elle réclame dans l'exécution du traité d'Angoulême. Au milieu du désordre universel, on en était là que les sujets répondaient pour le Roï (1). Cependant Richelieu tardait toujours. Qu'attendait-1il?

il faut dire franchement les choses : l'évêque n’était pas content. Il y avait un point dont il n’était plus question et auquel il pensait toujours : c’est la promesse, qu'il avait cru saisir à demimot, d’un chapeau de cardinal. Sous quelle forme cette promesse s’était-elle produite? Avait-on parlé? Avait-il bien compris ? Avait-il cru comprendre ? Certes, il y avait eu quelque chose, un mot, un mouvement d’'épaules. Et vif comme il était, trop vif, il avait deviné, souri! Il aimait autant ne pas insister, de peur de dissiper l'illusion ou d'éclaireir le malentendu qui, par Le temps, devenait presque un titre. Cependant, 1l trainait la négociation en longueur, curieux de savoir si on y reviendrait. On se taisait (2).

A la fin, il ne peut plus y tenir. Il veut se rendre compte par lui-même et part, soi-disant en fourrier, pour préparer le voyage de la reine. Il rejoint la Cour à Tours. Nous ne savons rien de ce qui se fit ou se dit pendant ces cinq jours où 1l fut là seul parmi ses adversaires. Il est permis de penser, cependant, que ce voyage fut une faute : Luynes comprit probablement, à cette démarche précipitée, qu'il le tenait (3).

Quoi qu’il en soit, on se mit d’accord pour décider que l’entrevue si désirée, aurait lieu, sans autre délai, au petit château de Couzières, appartenant au due de Monthazon, à quelques lieues de Tours. La Reine devait partir d'Angoulême et le Roi la rejoindre, venant de Tours, le 5 septembre.

(1) Voir les documents originaux avec les signatures de Rohan et de Montbazon, Affaires Etrangères (vol. 772, f°° 115 et suiv.). — Voir deux minutes de lettres de la reine mère au Roy et à Luynes par lesquelles elle donne les raisons qui l'empêchent de se rendre à Angers (tbid., fo 198).

(2) Sur cette question si délicate de la promesse du chapeau, voir le débat institué par M. AVENEL, dans Revue des Questions Historiques, loc. cit.,(p. 111). — Cfr. Corres-

pondance (t. VII, p. 444). — Hisloire de Marie de Médicis (EI, p. 571). (3) Sur ce voyage, voir Mémoires de RicueLtEu (t. 1, p. 200 et 204).

L'ENTREVUE DE COUZIÈRES. 307

De part et d'autre, on fut fidèle au rendez-vous. La maison était si petite que, dans ce beau pays de Touraine, parmi les grâces d’un automne naissant, la rencontre eut lieu dans le jardin.

La reine avait couché la veille au château. Le Roi arriva, le 5, à onze heures et demie du matin. M. de Montbazon vint au-devant de lui et le conduisit, par le bois, dans les allées où la reine se promenait en attendant. Ils s’'embrassèrent; ils pleurèrent tous deux, la mère et le fils; mais ils ne trouvèrent que quelques mots banals à se dire. Bientôt, embarrassés, ils se turent. Au fond ils ne s'aimaient pas. Les deux serviteurs qui menaïent les deux maitres, Luynes et l'évêque, étaient là et regardaient (1).

Le soir, on partit, tous ensemble, pour Tours, où la cour devait passer quelques jours.

Luynes tenait son succès. Aussitôt, d’un coup brusque et perfide, il s'arracha aux engagements qu'il avait pris ou qu'il avait paru prendre. Un courrier exprès partit de Tours, le 6 septembre, pour faire connaître à Condé sa mise en liberté. Et, quant au chapeau de cardinal, le favori se hâta de faire écrire en cour de Rome que le Roi le réclamait pour l'archevêque de Toulouse, La Valette, fils du duc d'Épernon, un des meilleurs amis de l'évêque de Luçon, et compromis d'ailleurs, autant qu'il était possible, dans l’affaire de Blois.

Richelieu était joué. Il ne devait pas pardonner à Luynes. Parmi les congratulations universelles, il enrageait de voir que tout était à recommencer.

L'entrevue de Couzières avait été triste. Le séjour commun à Tours fut maussade. Il faisait une chaleur torride. Le Roi passait son temps au bain ou à la chasse. Il s’en allait par les plaines qui bordent la Loire, s’absentant le plus possible pour échapper à des entretiens qu'on multipliait pour le public, mais qui étaient pleins de récriminations et de larmes.

La reine mère n'avait devant les yeux que des figures qui lui rappelaient tous ses malheurs : Luynes, avec lequel elle avait eu

(1) Ibid. (p. 204). — Sur les méfiances réciproques, pendant le séjour à Couzières et à Tours, voir Vérilés Chrétiennes au Roi très chrétien dans le Recueil de Luynes (p. 143).

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