‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 264 sur 479 · NOUVEAUX MÉCONTENTEMENTS · texte numérisé non relu

NOUVEAUX MÉCONTENTEMENTS

une explication brève et amère : « Luynes, dites-moi ce qui s'est passé à la mort du maréchal d’Ancre? » le favori, interloqué, n'avait pu que bredouiller une réponse embarrassée; — Vitry, dont la main, encore toute sanglante du meurtre, tenait maintenant le bâton de maréchal de France. A celui-ci, la Reine avait dit avec une ironie résignée : « Monsieur, vous avez toujours été très obéissant et très fidèle envers le Roi. » Puis d’autres, comme Modène, qui avait rempli auprès d’elle le rôle de surveillant et presque de geôlier; Thémines, Mosny, transfuges récents d’Angoulème (1).

Cette cour hostile épiait les moindres mouvements de la Reine. Elle se serait crue, de nouveau, à Blois. Tout l’irritait : « Les favoris ont l'œil sur le Roi, autant qu'ils peuvent ; s’il va chez la reine, un d’entre eux y est toujours présent; s’il s'approche d'elle, ils y accourent incontinent... Toute la Cour remarque cette procédure, s’en offense et la blâme... La Reine trouve qu'on avait tellement prévenu son fils, qu’elle pouvait dire ce que Perséus de Macédoine disait de son frère Démétrius : que les Romains avaient retenu son esprit et ne lui avaient rendu que le corps (2)... »

Parmi tant d'épreuves, rien ne fut plus pénible, pour la mère et pour l’ancienne régente, que de voir sa belle-fille, la reine Anne d'Autriche, prendre partout le pas sur elle, entrer la première en carrosse, et la recevoir du haut du perron, sans aller au-devant d'elle. Probablement, on avait fait la leçon à la jeune Reine. On tenait à ce que Marie de Médicis comprit que le temps de la régence était passé. L'autre avait, d’ailleurs, assez de morgue espagnole pour agir spontanément. En outre, dans le ménage royal, un changement s'était produit. Le Roi, excité par Luynes, avait enfin dompté une sorte de timidité farouche qui l'avait arrêté, jusque-là, au bord du lit conjugal. La Reine, nubile depuis peu de temps, fière de sa jeunesse, de son éclatante beauté, de cette gloire qui vient à la femme de la première possession, étalait son triomphe récent et éphémère, aux yeux d’une belle-mère chagrine

(1) Sur l'entrevue de Couzières, voir Journal d'Héroarp (t. II, p. 236). (2) Vérilés Chréliennes et Mémoires de RicneLiEu (1, p. 504).

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