‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 265 sur 479 · DÉLIVRANCE DU PRINCE DE CONDÉ · texte numérisé non relu

DÉLIVRANCE DU PRINCE DE CONDÉ

que l’âge, la politique et la volonté de son fils rejetaient au second plan (1).

Richelieu était plus mécontent encore. Les promesses qu'on lui avait faites se dissipaient peu à peu parmi les caquetages et les sourires. La cour, nombreuse et animée, avait toujours le visage et les ambitions tournés vers le favori du jour. Celui-ci louvoyait, nageait entre deux eaux, caressait tout le monde et n’était, avec personne, plus aimable qu'avec ses adversaires. Ces allures exaspéraient l’exigeant et rigoureux prélat : « Jamais personne ne fut trompeur au degré de M. de Luynes; sa bouche ne s’ouvroit jamais à faire quelque promesse que sa volonté ne fût résolue à ne la pas observer et que son esprit ne méditât les moyens de n’en rien faire. Au temps même des protestations de fidélité et de service qu'il fait à la Reine, la délivrance de Monsieur le Prince étoit sur le tapis. »

Cette délivrance était, pour l’évêque de Luçon, un coup sensible. Il avait été un des conseillers de l'arrestation. C'étaient, encore une fois, les affaires du temps du maréchal d’Ancre qui revenaient sur l’eau et ces souvenirs ne lui étaient pas agréables. IL élait trop clairvoyant pour ne pas deviner que la rentrée à la Cour d'un personnage aussi influent et aussi actif qu'Henri de Bourbon serait un obstacle et un délai de plus pour sa propre carrière.

Pour le moment, ce qui lui tenait au cœur, c'était ce dont il ne pouvait pas parler : le chapeau. La reine Marie de Médicis avait présenté elle-même au Roi le dangereux concurrent qu'on lui avait découvert dans la personne de son excellent ami, La Valette. Il s’inclina de bonne grâce et il rédigea même la lettre par laquelle le Roi recommandait instamment l'archevêque de Toulouse au Saint-Père. Sa correspondance avec La Valette parait même indiquer une certaine disposition à prendre son parti des événements et à se contenter de figurer au second rang sur la liste des candidats français. Mais il faut reconnaitre que, si ces dispositions étaient sincères, elles s’exprimaient dans un

(1) Armand BAscueT, Le Roi chez la Reine, Plon, 1878, in-8°.

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