‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 277 sur 479 · LES ECCLESIASTIQUES · texte numérisé non relu

LES ECCLESIASTIQUES

leur ingénuité ne perçoit pas tous les dessous. Ils travaillent ensemble et semblent d'accord; ils le sont pour le moment. Plus tard, cependant, ils se diviseront, et il n’est pas impossible quil y ait, même dans leur collaboration présente, le germe des futures discordes.

Tous ces personnages tournaient autour de Richelieu, dont la robe ne pouvait s'isoler de la leur; chacun d'eux présumait, selon ses convenances, les dispositions de l’évêque et les escomptait à son profit. C'était le Père Arnoux, le bon jésuite, zélé et maladroiït, qui l’accablait d’une correspondance extraordinairement optimiste. « Le retour est sans péril, souhaité, bien recu de tous... » Richelieu prend la plume pour lui répondre et il n’est pas en reste de propos bénins : « Le zèle que vous avez au bien public et la faveur que vous me faites de m'aimer me font croire que vous aurez agréable que je vous témoigne, par cette lettre, la résolution que la Reine a prise de s’en aller bientôt à Paris voir le Roi... Je ne vous dis point la joie que j'en ai, estimant que c’est le bien de l'Église, de l'Étatet de Leurs Majestés (1). »

C’est le cardinal de Retz qu'on paie de la même monnaie, non sans une allusion fine aux véritables sentiments de la Cour: « Je ne puis vous dire la joie que j'ai d’avoir appris par la lettre qu'il vous a plu m'écrire, la Reine être désirée aux lieux où vous êtes. Je me promets que vous la verrez bientôt à la Cour, s’il plait à Dieu, étant tellement affermie en la résolution qu'elle a prise de s'y acheminer, que je ne vois aucune chose qui puisse la divertir... » C'est, de nouveau, le Père de Bérulle, qui agit sous la direction du nonce Bentivoglio, et qui est, au fond, plus dévoué à Luynes qu'il ne veut le laisser paraitre; c'est l’archevèque de Sens, Du Perron, qu’on met maintenant en avant et qu'on substitue au cardinal de La Rochefoucauld, jugé décidément trop incapable, depuis sa mission d'Angoulême (2).

(1) La correspondance du Père Arnoux est des plus abondantes. C'était un homme prolixe et bénisseur. — Voir Bibl. Nat., Cing-Cents Colbert(vol.2, fos 53 et suiv.). —Correspondance (t. VII, p. 468-70). — Affaires Étrangères (vol. 772, fos 122, 162, 195, etc.).

(2) Sur toutes ces intrigues et sur les véritables sentiments de Richelieu, cfr. les textes publiés ou cités dans Correspondance (t. VII, p.933). — A la page 485 du même volume, M. Avenel se demande quelle était la véritable influence de Richelieu dans les conseils

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