‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 285 sur 479 · LE COMPLOT · texte numérisé non relu

LE COMPLOT

de provinces, depuis Dieppe en Normandie, jusqu'au delà de la Garonne, c’est-à-dire près de deux cents lieues de long : parti où l’on voyoit les plus grands du Poitou, de la Religion prétendue réformée et plusieurs bons capitaines avec de fortes places sur toutes Les rivières; parti qui, sans se presser de prendre et assiéger des villes, devoit, avec une grande armée, aller droit à Paris pour réformer les abus qu’on disoit être en État : croyant la chose si facile qu’on la tenait comme faite (1). »

L'évêque de Lucon, Richelieu était l’âme de ce vaste complot. Auprès de lui, il avait les Grands; en face de lui, le Roi.

Le Roi, telle était la force de Luynes, celle qui ralliait les hésitants, les amis de la paix, et, il faut le dire, les braves gens, qui n'étaient pas plus satisfaits que les autres mais qui s’en rapportaient tout uniment au principe, désormais établi, du respect de l'autorité monarchique. Un courtisan avisé et expérimenté, Bassompierre, s’en explique en termes clairs et savoureux : « … Se tenir toujours au gros de l'arbre, suivre, non le meilleur et plus juste parti, mais celui-ci où la personne du Roi se trouve, et où il y a le sceau et la cire. »

La discipline nationale pénétrait déjà assez profondément les esprits et les cœurs pour que ces raisons l'emportassent auprès des bons Français. Ceux qui s’y attachaiïent n'avaient pas besoin de prétextes pour justifier leur conduite; or, rien n'affermit les hommes comme cet apaisement des consciences (2).

Nicolas Pasquier, fils d'Étienne, écrivait, à cette date, des lettres où l'opinion des gens sages est exposée avec bonne humeur et entrain. « J’estime qu'il y a rien plus malheureux en un royaume que les auteurs des ligues, factions et conjurations, puisqu'ils sont les vrais nourriciers de toutes sortes de misères, de maux et de calamités;.… mais soyez assurés que cette Ligue, en son progrès et en sa fin, enfantera elle-même sa défaite... IL est impossible, quelque précaution qu'ils y apportent, que la division ne se loge

(1) Mercure françois, loc. cit.

(2) Journal de BassompPierre, édit. Soc. Hist. de France (t. IT, p. 174).

Page 1