HÉSITATIONS DANS LE CONSEIL DU ROI
parmi eux et, à la suite, leur ruine... Le Roi n'a qu’à lever une grosse et forte armée avec laquelle il lui sera aisé, les trouvant séparés, de les réduire, les uns après les autres, sous le joug de sa domination... car, quant à ce qui est du royaume, toutes choses y marchent avec l’ordre qui est nécessaire pour maintenir un État en bonne paix : les gens de guerre sont payés de leur solde, les officiers de leurs gages, le peuple de ses rentes, le gentilhomme vit sans alarmes en sa maison, le citoyen doucement avec sa famille, le marchand vigilant trafique librement et hazardeusement, l’artisan gagne sans contrôle sa vie à la sueur de ses bras, et l'actif et ménager laboureur sollicite sans crainte, de ses innocentes mains, la terre laquelle nous fournit, avec une usure redoublée, les commodités de la vie humaine en nous ouvrant et son sein ef son lait... Toutes ces raisons me font juger que cette ligue ne sera qu'un mauvais vent qui portera, quelque temps, un triste et préjudiciable dommage au peuple, mais qui, après, se résoudra en rien (1) ».
Quel réconfort de telles paroles, écho de mille autres qui se faisaient entendre par tout le royaume, ne devaient-elles pas donner à ceux qui défendaient la cause royale!
Le plus ardent de tous était l’ancien rebelle, le prisonnier de la veille, Henri de Bourbon, prince de Condé. A peine rentré à la cour, il avait voulu y jouerun rôle, et ce rôle, 1l l'avaitexposé avec beaucoup de netteté, dès octobre 1619, à l’ambasssadeur vénitien : prendre partout et toujours le contre-pied de la reine mère; par conséquent, se montrer catholique, si elle s’appuyait sur les protestants ; s'attacher fortement au parti royal, si elle faisait dissidénce; se lier d'autant plus étroitement avec Luynes que celui-ci était plus détesté et combattu (2). Ce programme avait été rempli, de point en point ; Condé n'avait cessé d’accabler Luynes des témoignages d’une amitié un peu trop empressée et surtout trop supérieure pour ne pas être gènante. Dans les conseils, il avait toujours soutenu l'avis le plus rigoureux à l'égard de la reine mère.
(1) Voir toute la lettre de Nicozas PASQUIER, à la suite des Œuvres d'ESTIENNE PAs- QUIER, in-f (t. IT, p. 1358).
(2) Lettre citée par Cousin, Journal des savants (Juin 1861, p. 357).