‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 291 sur 479 · LE ROI DÉCIDE LA GUERRE · texte numérisé non relu

LE ROI DÉCIDE LA GUERRE

Le 10 juillet, le Roi fit son entrée à Rouen, sans nulle solennité et avec une simple et naïve confiance dans ce peuple qu'on lui avait dépeint comme si redoutable. Son armée était restée en arrière. Il n'avait pas cinq cents hommes avec lui. La foule l’acclamait et bénissait sa présence avec une cordialité qui répondait aux sentiments du Roï lui-mème. Il prenait contact, pour la première fois, avec son peuple; de part et d'autre cette rencontre dissipait l'inquiétude et assurait pour longtemps la paix royale; on était heureux. Il s'établit parfois entre les foules et ceux qui ont la charge de leurs destinées, de ces communications fugitives qui créent le plus fort des engagements. Il en fut ainsi à Rouen, en ce mois de juillet 1620. Le roi dut sentir en lui-même la satisfaction d’avoir su se résoudre, la joie de l’action, la fierté d’un succès qui lui appartenait bien et qui lui faisait connaître la douceur de son métier de Roi.

Par l'occupation de Rouen, la basse Seine était conquise. Mais le second centre de la résistance, en Normandie, était Caen. Le grand prieur de Vendôme en avait confié la défense à un capitaine énergique et tenace, nommé Prudent. Le château était fort, bien muni; la ville, au début, ne paraissait pas hostile aux rebelles. Cependant, le Roi envoya sans hésiter deux de ses lieutenants, Arnauld et Mosny, annoncer qu'il serait à Caen dans quelques jours. Un moment, les gens de la ville hésitèrent. Finalement, ils députèrent quelques-uns des leurs au-devant du Roi, à Pontoise, « Je ne vous perds pas de vue, leur répondit-1l, mais laissez-moi pacifier ma ville de Rouen et, dans deux jours, Je serai à vous. » |

Prudent avertit son maitre, le grand prieur; celui-ci, qui était sur le chemin de Vendôme à Angers, fit mine, un instant, de vouloir s’enfermer dans Caen. Mais, comme le duc de Longueville, il préférait ne pas se trouver face à face avec le Roi, et, après un mouvement en avant, il se replia sur Angers. Prudent fit savoir qu'il tiendrait Jusqu'au bout.'On conseillait au Roi de laisser à ses généraux la conduite et la responsabilité du siège : « J'irai, dit-1l; si je suis repoussé, on plaindra mon malheur; mais on ne me reprochera pas ma lâcheté, comme on feroit si nous tempori-

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