‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 297 sur 479 · BELLE CONDUITE DE LOUIS XIII · texte numérisé non relu

BELLE CONDUITE DE LOUIS XIII

murailles crénelées, le tout dominant d'assez haut, et non sans quelque fierté, les bras du fleuve et la basse plaine. Au pied de ce donjon en miniature, commence la principale rue de la petite ville des Ponts-de-Cé qui, s'éloignant de la Loire, se dirige au Nord, vers Angers : rue étroite, bordée de maisons de bois à tourelles et à encorbellements, laissant apercevoir, au-dessus de leurs silhouettes inégales, le clocher d’ardoises de Saint-Aubin, et, plus loin, la masse imposante du château d’Angers.

L'armée royale, arrivant du Nord, s’'enfoncait dans l’angle que font la Mayenne, la Loire et l’Authion; elle avait Angers à droite, les Ponts-de-Cé à gauche et, juste en face d'elle, le long chemin plat qui relie Angers aux Ponts-de-Cé. On avait eu, dans le camp de la Reine, l'idée singulière de fortifier ce chemin et de le couvrir d’une espèce de parapet ayant le château comme réduit. Ce n’était qu’une simple levée de terre, non achevée par endroits, et qui présentait un front de près d’une lieue à défendre par une troupe n'ayant pas quatre mille hommes contre une armée qui en comptait quatorze mille. Richelieu, qui s’est toujours piqué d’une certaine compétence militaire, blâme beaucoup cette disposition. Mais on la lui à aussi reprochée, comme une conception qui sentait plutôt le prêtre que le soldat.

Le 6 au soir, le Roi, après avoir passé le Loir à Duretal, coucha au Vergier, à trois lieues d'Angers. La nuit, il tint un conseil de guerre et donna lui-même ses ordres, pour éviter toute surprise. Le 7, il partit du Vergier, à six heures du matin. Il dina sous un grand arbre, à trois quarts de lieue d'Angers et à une demi-lieue seulement des Ponts-de-Cé. Il était sur une hauteur et voyait se développer devant lui la route fortifiée. À une heure, il revêtit sa cuirasse et commanda qu’on s’armât autour de lui. Il monte à cheval, à une heure trois quarts, sur /’Armérik, cheval d'Espagne, et se porte sur sa gauche, vers les Ponts-de-Cé, ses gardes galopant autour de lui.

On avait, en effet, envoyé une forte reconnaissance de ce côté; les maréchaux de camp de l’armée royale, ayant observé la faiblesse de la défense sur ce point, avaient décidé de porter là leur

principal effort. La manœuvre était habile, puisqu'elle laissait de côté Angers, dont le château eût pu présenter une sérieuse résistance, et que l'attaque visait le point décisif, c'est-à-dire le pont qui assurait le passage sur la Loire. Toute l'infanterie fut ramassée en un seul corps de bataille, quatorze bataillons en une seule ligne, les gardes tenant le milieu, Picardie la droite et Champagne la gauche, et l’on s’avancça de front, dans la plaine, vers la route fortifiée, en obliquant un peu versles Ponts-de-Cé.

Les gens de la Reine étaient embarrassés de leur longue levée de terre, qui les protégeait si mal et n'était bonne qu'à gêner leurs mouvements. Une partie d’entre eux avaient franchi le retranchement et formaient, en avant, un gros d'infanterie et de cavalerie mêlées, massé dans la plaine, le dos tourné aux Pontsde-Cé. L'infanterie royale marcha sur eux, dans la prairie, «à pleme vue et à découvert, » tandis que la cavalerie entrait dans l’eau, pour prendre les Ponts-de-Cé à revers. Les enfants perdus des régiments royaux courent en avant, se coulant par les haïes et les fossés. L'attaque fut vive ; dès la première escarmouche, les gens de la Reine tournent bride, et se replient en hâte derrière le retranchement.

A ce moment, un des grands seigneurs du parti et un des chefs de cette armée, le duc de Retz, qui avait sous ses ordres environ 1500 hommes, entendant parler des négociations qui se poursuivent à Angers, et désireux, peut-être sur les conseils de son oncle, le cardinal, de s'échapper à temps du guêpier, s’écria qu’il en avait assez de s’exposer, si on faisait la paix aux dépens de ceux qui se battaient, et il commanda soudain à tout son monde de quitter le champ de bataille. Sous le regard surpris des deux armées qui se touchaient presque, on vit alors ces régiments abandonner le retranchement et défiler, tambour battant et enseignes déployées, pour se retirer du combat. Cette défection jeta dans le camp de la Reine un désarroi indescriptible.

Les enfants perdus de l’armée royale en profitent pour escalader le retranchement et les régiments suivent; ils gagnent le pont et le traversent, pêle-mêle avec les ennemis qui fuyaient. Cela se fit si vite qu'un soldat du régiment des gardes, Puységur, pénètre

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