‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 298 sur 479 · TABLEAU DE LA COUR D'ANGERS · texte numérisé non relu

TABLEAU DE LA COUR D'ANGERS

dans le château en même temps que les gens de la Reine qui s'y réfugiaient (1). À partir de ce moment, ce ne fut plus qu une bousculade sanglante.

On se battait tout Le long du parapet. Cinq ou six cents hommes restèrent sur le carreau, dont un des chefs de l’armée royale, Nérestan. À sept heures du soir, comme la nuit tombait, le pont et la ville des Ponts-de-Cé étaient pris. Seul, le château tenait encore. Le gouverneur, Bettencourt, blessé à la cuisse, s’y était enfermé avec une douzaine d'hommes. Tout le chemin d’Angers était occupé par des corps de garde. Au bout du pont, face à la ville, on avait élevé une solide barricade pour contenir, au besoin une sortie de ce côté. L'armée du Roi campa dans la prairie.

« Le Roi, pendant cette exécution, demeura toujours en bataille, recevant, de moment en moment, avis de ce qu'on exécutoit et ordonnant ce qu'il falloit faire. » Il faisait une chaleur extrême, et dont on souffrait beaucoup. Cependant 1l resta jusqu'à onze heures du soir, pour assurer les logis de son infanterie et les quartiers de sa cavalerie. « En se retirant en son logis, après avoir été dix-sept heures sur son cheval, il le poussa et lui fit faire quelques passades à la tète de Cornetle blanche », ce qui fit juger à ceux qui considérèrent toutes ses actions en cette journée « que ses ennemis aurolent affaire à un corps infatigable et à un courage sans peur ». Tout le monde avait, dans la pensée, le souvenir de Henri IV : « On le croyoit mort; non, il ne l'est pas; il est ressuscité en la personne de son fils, lequel, en sa grande jeunesse, couvre un sens tout chenu... et dont la piété et la justice marche d’égal avec la valeur. »

À Angers, le désordre est inexprimable. La reine est au Logis Barrault, au milieu des femmes et des prêtres. On entend le canon; les cloches sonnent; ce sont des angoisses, des cris d’effroi, des nouvelles contradictoires. On ne sait à qui entendre. On se bat, on fuit, on parlemente, on délibère, tout cela en même temps, et sans conclure. Le duc de Vendôme se préci-

(1) Mémoires de Puysécur, publiés par Tamisey de Larocque (t. I, p. 6).

Page 1