‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 299 sur 479 · RICHELIEU NÉGOCIE LA PAIX · texte numérisé non relu

RICHELIEU NÉGOCIE LA PAIX

pite chez la Reine « avec un épouvantement épouvantable », et s'écrie : « Je voudrois être mort »; sur quoi une fille de la reine lui fait observer, fort à propos, qu'il n'avait, alors, qu'à rester sur le champ de bataille. Un autre dit qu'on aurait dû traiter plus tôt; un autre est d'avis qu'il faut tenir tète pendant que la reine passera la rivière à la tète de la cavalerie qui est fraiche et n’a pas donné. La comtesse de Soissons, si ardente la veille, n’a plus qu’une crainte : c’est, si l’on se replie sur Le sud, de tomber dans les mains du duc du Maine qui l’épousera par force. Elle crie donc qu’il faut traiter sans retard. « La peur étoit si absolument maïtresse du cœur que la raison n’y avoit point de lieu (1). »

Au milieu de tout cela, l’évêque de Lucon, seul, reste froid et réfléchit. Son plan, en somme, se réalise. Les militaires ont assez encombré les avenues : places aux prêtres maintenant, el aux négociateurs. On n’a pas cessé de parlementer, d’ailleurs, sous le canon. IL est de ceux qui insistent pour que l’on passe la Loire et que l’on fasse, sans perdre pied, retraite sur Angoulême. En bon diplomate, il ne lui plait pas de paraître à la merci de la partie adverse. Mais les commissaires du Roi insistent, tout autant que l'entourage de la reine. Tout le monde a hâte de voir la fin de cette « drôlerie » qui tourne au tragique.

D'autre part, Luynes veut conclure au plus vite : Condé général en chef et vainqueur des Ponts-de-Cé, le Roi fier du rôle qu'on lui à laissé jouer et glorieux d’avoir découvert en soi-même une sorte d'aptitude ignorée, tout cela l’inquiète. Richelieu saisit toutes ces nuances et en profite. Il jette, séance tenante, avec le duc de Bellegarde, l’archevèque de Sens et le président Jeannin, qui sont revenus près de la Reine et qui ont assisté au désordre de cette malheureuse journée, les bases d’une réconciliation.

Le lendemain, la reine l'envoie vers le Roi, avec Le cardinal de Sourdis : « Le Roi nous recut fort bien; grandes caresses de Monsieur de Luynes. Monsieur Le Prince tout de même (2).»

(1) Tout ce récit est emprunté aux Mémoires de RICcnELIEU. (2) D’Angers, Bellegarde écrit à Luynes pour lui demander de faciliter l'entretien entre

Page 1